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TERRITOIRES ET ACTIONS

L’humanitaire entre fin et moyen au risque de la dérive

Alain Boinet-defishumanitaires.com/mars 2019

Souvent, quand on demande à un humanitaire quelle est la situation dans telle ou telle crise, il répond logistique, financement, ressources humaines, difficultés. C’est ce qu’il connait le mieux et ce qu’il doit maîtriser pour agir. Mais la confusion commence là.

©Solidarités International

La situation, c’est d’abord celle vécue par la population. C’est l’urgence de leurs besoins vitaux pour vivre : boire, manger, être à l’abris, être soigné. La finalité, c’est bien les personnes, les populations en péril dans une guerre ou une catastrophe. Et les organisations ne sont-elles pas le moyen de répondre aux besoins vitaux de ces personnes pour sauver des vies puis pour les accompagner ?

Cette confusion entre fin et moyen est venue sans crier gare, progressivement. Elle est au fond le résultat de l’industrialisation de l’aide, de la bureaucratie des organisations et même de l’uniformisation des pratiques, de la standardisation des outils et des schémas mentaux qui en résultent.  Dorénavant, une sorte d’immense kit humanitaire est plaqué sur chaque situation et les populations doivent y rentrer pour être secourue.

Non que nous n’ayons pas besoin d’outils, de cadres, de procédures, d’indicateurs, d’objectifs, de coordinations, de formations intégrant tous ces ingrédients essentiels à l’action. Mais avec le temps, progressivement, les moyens ont pris la place de la finalité, s’y substituent souvent.

La finalité c’est la mission.

Et, si la finalité c’est bien de sauver des vies, de secourir les survivants et de les accompagner vers la sortie de crise, le maître mot de l’humanitaire n’est-il pas l’adaptation aux réalités rencontrées ? L’adaptation aux besoins et aux populations et les deux se confondent. Et, au-delà du bénéficiaire, il y a avant tout l’humain qui résonne avec l’humanitaire.

La victime, le bénéficiaire, pour utiliser le vocabulaire en cours, ne se réduit pas à une souffrance et des besoins. C’est un humain vivant dans une société, avec ses modes de vies, sa culture, une religion, une histoire, des traditions et des espoirs. C’est tout cela à la fois.

Et d’ailleurs, comme le savent bien les humanitaires, la première aide qui se manifeste dans une crise, c’est bien l’aide dans la famille, entre proches et voisins dans le village ou la ville. Cette aide de proximité immédiate va continuer de se manifester tout au long de la crise et même au-delà.

La dignité est une identité.

Si aujourd’hui le respect de la dignité des victimes, des bénéficiaires, est très présent dans les préoccupations des humanitaires, il faut aller au-delà. Le respect de la dignité ne peut pas seulement être une simple attitude, un comportement à minima, mais, plus profondément, une empathie, une responsabilité, un échange. Car, comment secourir dignement quand l’un donne et que l’autre reçoit dans une distance infranchissable à toute relation humaine ?

Car la dignité c’est aussi être considéré comme un être humain dans la diversité de sa personnalité singulière. Parler un peu sa langue, comprendre l’organisation sociale, les liens qui unissent les populations comme les déchirures qui les divisent, appréhender leurs coutumes et leurs croyances.

©Solidarités International

Dans le malheur extrême où ils sont plongés, c’est ce qui fait d’eux des êtres humains à part entière. C’est tout ce qui leur reste d’eux-mêmes avec leurs maigres balluchons, mais c’est simplement existentiel. La dignité vient aussi de la reconnaissance de leur manière d’être au monde. Qui n’a pas fait cette expérience un jour ? Parler un peu leur langue, échanger, les comprendre et alors vous n’êtes plus un étranger, vous entrez en relation avec eux et en confiance. Alors les sourires apparaissent.

Le distinguo entre fin et moyen est au cœur de notre relation avec les personnes, les populations secourues. Pour s’en convaincre, il suffit de se demander si ceux que l’on aide sont des clients ou des personnes en danger. Si c’était des clients, alors le secours serait un simple marché du malheur et de la misère, et nous serions simplement payés pour fournir des services.

Et c’est là que s’établi la frontière, la différence irréductible entre fin et moyen. L’humanitaire n’est pas seulement un moyen, mais il participe pleinement de cette finalité dès lors qu’il en fait sa mission.

Alain Boinet, https://defishumanitaires.com/

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