booklet 8 pages

QUI SOMMES-NOUS ?


Association TAMOUDRE,“Touareg, vie et survie”.
Informations, réflexions et actions ciblées autour du DÉVELOPPEMENT et des problèmes de GÉOSTRATÉGIE, [...]

Lire la suite

TERRITOIRES ET ACTIONS

Sécurité en Afrique: Le combat se passe aussi dans le cyberespace

HuffPost Maroc  |  Par  

Avec ses 2 milliards et demi d’habitants prévus en 2050, l’Afrique fascine autant qu’elle inquiète. Ce boom démographique sans précédent, à l’heure où certaines puissances économiques voient le sommet de leur pyramide des âges s’élargir, représente une fenêtre d’opportunités, que ce soit dans le business ou plus généralement dans le cadre du développement socio-économique. Il est toutefois annonciateur d’une vulnérabilité économique extrême dans les pays qui n’auront pas eu le temps de s’adapter à la taille de cette nouvelle population. Une vulnérabilité qui entraînera inexorablement des flux migratoires massifs, qui poseront à leur tour, et avec acuité, la question de la sécurité dans le continent.WEB SECURITY

C’est précisément sur cette problématique que se sont penchés, ce lundi 9 octobre, plus de 350 experts et officiels, issus de 38 pays africains différents, à l’occasion de la deuxième édition de l’Africa Security Forum, organisé à Casablanca par Atlantis, un think tank spécialisé dans les études stratégiques, en partenariat avec le Forum international des technologies de la sécurité (FITS). À l’issue de plusieurs panels, les participants ont pu aborder la question de la sécurité sous le prisme de la coopération interafricaine, de la criminalité transnationale, mais également du terrorisme à l’ère d’Internet.

africa security forum

Cyberterrorisme: l’époque de la propagande sur YouTube révolue

Car même si elle ne date pas d’hier, la présence des organisations terroristes sur Internet suscite de vives inquiétudes. « Rien qu’en 2015, plus de 2.600 sites pro-Daesh ont été recensés, sans parler des centaines de milliers de comptes sur les réseaux sociaux », annonce Todd Helmus, professeur de l’Université américaine Johns-Hopkins et spécialiste du contre-terrorisme et de la coopération en matière de sécurité à la RAND corporation. On est bien loin de l’époque où la propagande d’Al-Qaïda se faisait à travers des vidéos YouTube.

« Ce qu’il faut savoir, c’est que l’utilisation du cyberespace par ces organisations est passée par plusieurs étapes », explique de son côté Marc Hecker, docteur en sciences politiques et directeur des publications à l’Institut français des relations internationales (IFRI). L’expert évoque ainsi une première phase, couvrant la fin des années 1990 et le début des années 2000 où la propagande terroriste se faisait principalement à travers des sites web. Simples « vitrines » des groupes, ces sites n’offraient généralement aucune possibilité d’interaction.

Dès qu’on répond à un post, on est ciblé par les recruteurs djihadistes

Un obstacle qui va sauter avec l’arrivée du web 2.0 et des fameux forums de discussions. Couvrant la période entre 2005 et 2011, cette phase s’est caractérisée par les premiers recrutements et la diffusion des conseils tactiques. À partir de 2012 et jusqu’en 2014, les nouvelles organisations djihadistes, notamment Daesh, changent de stratégie et adopte massivement les réseaux sociaux. « Ces nouvelles plateformes offrent à ces groupes une très large audience qui se compte en millions. On peut répondre aux posts, interagir. C’est à partir de ce moment-là qu’une personne est identifiée et ciblée par les recruteurs », indique Todd Helmus. C’est là où le recrutement en masse et la radicalisation online se sont développés.

Aujourd’hui, et depuis les politiques plus strictes des géants d’Internet, les organisations terroristes migrent vers des plateformes plus sécurisées et les applications cryptées type Telegram. « Ces applications réduisent certes leur audience, mais leur permettent en contrepartie de partager les orientations stratégiques dans le détail », soulève Marc Hecker.

La coopération entre États ne suffit plus

Comment faire alors pour lutter contre ce cyberterrorisme? Selon les experts présents, trois pistes sont à privilégier. La première concerne la notion très connue et très efficace de renseignement: collecter le maximum d’informations afin d’identifier le risque. Cette solution représente toutefois un risque puisqu’il s’agit de garder ce difficile équilibre entre respect des libertés individuelles et efficacité du renseignement. Sans compter qu’avec la profusion d’informations disponibles sur Internet, leur traitement devient laborieux, voire impossible en l’absence de technologies du bigdata. Des technologies dont ne disposent pas tous les pays ce qui implique une mutualisation des efforts et un partage de renseignements au niveau des États.

Une autre piste consiste à bloquer et supprimer automatiquement les contenus criminels. Là encore, la profusion de l’information est telle que sans l’aide des fournisseurs de services, la tâche est ardue. Enfin, un contre-discours, porté par les pouvoirs publics et la société civile, doit faire face au contenu criminel diffusé afin d’apporter une solution plus durable pour lutter contre la radicalisation.

« Quel que soit l’angle sous lequel on voit le problème, il ne peut y avoir de réponse individuelle, aussi forte soit la voix du pays qui la porte », résume Driss Benomar, président d’Atlantis. Non seulement la coopération interafricaine est indispensable, mais il s’agit également de développer des partenariats public-privé afin d’apporter les solutions les plus concrètes aux problématiques de sécurité en Afrique. C’est là l’un des principaux messages apportés par la cuvée 2017 de l’Africa Security Forum.

Partir pour que les autres puissent mieux rester

On assiste depuis quelques années à une levée de boucliers européenne concernant les questions migratoires. Certes, les flux en direction du vieux continent ont augmenté depuis 2014, mais l’actualité des centaines de milliers de migrants et réfugiés aux frontières de l’Europe ne doit pas faire oublier les mouvements permanents de migration en Afrique. « 80% de la migration africaine se passe entre les pays du continent et sur les 20% restant, l’Europe ne reçoit que 12% », dénonce Papa Demba Fall, professeur à l’Université Cheikh Anta Diop.

Intervenant lors du deuxième panel lors de l’Africa Security Forum 2017, Fall a présenté les résultats d’une nouvelle étude menée par l’Université sénégalaise qui tord le cou à une autre idée reçue sur la migration. « On a toujours cru que les personnes quittaient leur pays pour trouver du travail et une meilleure situation économique. Ils sont plutôt à la recherche d’émancipation et de mieux-être », révèle le professeur. Les premiers résultats de l’étude montrent en effet que la prévalence à l’émigration est forte même dans des zones qui connaissent un certain développement économique. 75% des personnes sondées ont même affirmé être tentées de partir à l’étranger si elles en avaient la possibilité. Face à un protectionnisme migratoire où les frontières sont de plus en plus fermées, le départ des uns signifie plus d’opportunités pour les autres. C’est justement l’une des motivations qui ressort quand la question est posée: « Nous partons pour que les autres puissent mieux rester ».

 http://www.huffpostmaghreb.com/2017/10/10/securite-afrique-terroris_n_18228434.html

LIRE AUSSI:Terrorisme et migration, l’Africa Security Forum rempile pour une 2e édition

Comprendre les mobilités et migrations est nécessaire pour (re)penser l’Afrique

Envoyer un commentaire