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TERRITOIRES ET ACTIONS

Touaregs contre Toubous : la guerre oubliée du Sud libyen

Touaregs et Toubous se déchirent dans la région d’Oubari pour le contrôle des trafics et la sécurisation des champs pétrolifères voisins. Dans l’indifférence générale.

Loin d’Oubari, de ses maisons découpées par les roquettes, de ses amas de parpaings concassés et de ses rues hantées par les snipers, Ahmed, un Toubou du Sud libyen de passage à Tunis, a bien du mal à dire ce qu’il se passe chez lui. « On cherche encore des explications, mais on n’y arrive pas. D’habitude, une guerre chez nous dure dix, vingt jours. Là, ça fait plus d’un an. » Le constat est le même chez les Touaregs de Libye, et cette incompréhension, parfois feinte, cette impression que leur destin leur échappe, sont bien les seuls sentiments que partagent en ce moment ces deux communautés qui se déchirent.

Ville perdue dans les confins du Fezzan, à la fois isolée du monde, car entourée par les sables, et au centre de tous les trafics sahéliens, Oubari est le théâtre d’une bataille oubliée de tous depuis un an. « Il n’y a plus personne là-bas, ni ONU ni ONG, encore moins l’État libyen », explique un médiateur qui tente, pour le compte d’un pays voisin, de renouer les fils du dialogue. Même la population a fini par fuir. En quelques mois, la cité a perdu plus de la moitié de ses 40 000 habitants. Près de 25 000 hommes, femmes et enfants se sont réfugiés dans les localités voisines, à Ghât, à Germa ou à Mourzouk. « Il ne reste plus que quelques civils, explique Kamil, un Touareg nigérien rencontré à Tunis et qui se rend régulièrement dans le Fezzan. Tous les autres sont des hommes en armes. La ville est morte. Les rues sont désertes. Y aller est extrêmement périlleux. »

Pendant des mois, on s’est battu à l’arme lourde en pleine ville, et on a tiré à vue sur les passants. Aujourd’hui, les positions sont gelées, quoique très floues : les miliciens toubous tiennent l’aéroport, le cœur de la ville moderne et les hauteurs environnantes ; les miliciens touaregs, les quartiers périphériques et, surtout, le mont Tendé, site stratégique qui surplombe la localité. Mais les escarmouches sont régulières. Un Toubou qui connaît bien la région parle d’une « paix armée » qui a déjà fait près de 200 morts.

Le conflit entre les Toubous et les Touaregs à l’origine de la guerre

Les malheurs d’Oubari, à dominante touarègue, débutent en septembre 2014 quand les Touaregs accusent les Toubous d’organiser un trafic de carburant au cœur de la ville. Rien que de très habituel dans cette région qui vit du commerce, licite ou non. Mais c’est un prétexte. Le mal est plus profond : voilà plusieurs mois en effet que les Touaregs reprochent aux Toubous de « coloniser » leur fief. De fait, des Toubous ont afflué de toutes parts, du Tchad et du Niger, ces dernières années, dans le but de gagner leur vie, et leurs représentants admettent – mais seulement dans le huis clos des négociations – qu’ils se battent pour se faire une place en Libye.

Pour expliquer leur conflit avec les Touaregs – mais aussi pour convaincre les Occidentaux de les soutenir -, les Toubous mettent en avant les liens étroits entre les miliciens touaregs et les jihadistes sahéliens. « Nous nous battons contre Ansar Eddine et Aqmi », disent-ils. Ces liens sont avérés, mais souvent exagérés, voire périmés. Certes, Mokhtar Belmokhtar et Iyad Ag Ghaly ont séjourné dans le coin. Le premier y aurait pris femme. Le second y compte un cousin, Cheikh Ahmed Omar al-Ansari, qui dirige la brigade 315 et qui est souvent présenté par les services de renseignements occidentaux comme un jihadiste. Mais aucun des deux n’a fait du Fezzan son nouveau repaire. « J’entends dire qu’Oubari est le nouveau fief des jihadistes. C’est faux ! clame Kamil, un jeune Touareg. Je n’ai jamais vu le drapeau noir flotter dans la ville. Il y a eu des tentatives d’implantation, mais il n’y a pas de camp d’entraînement. C’est au nord que se trouvent les jihadistes. » Plusieurs spécialistes en conviennent : les services de renseignements occidentaux et sahéliens ont un peu trop vite fait du Fezzan le nouveau « Jihadistan ».

J.A.

Pour en finir avec cette image qui leur colle à la peau, les Touaregs ont créé un conseil pour porter leur voix à l’international. Depuis un an, des délégations des deux camps parcourent la région en quête d’un accord de paix. On les a vues à Tunis, à N’Djamena, à Dubaï… Le 30 juillet, les belligérants ont signé une déclaration commune à Bruxelles. Un texte plein de bonnes intentions, mais qui n’a pour l’heure pas abouti à un cessez-le-feu. Tout le monde rêve d’un nouveau « traité de Midi-Midi », cet accord signé en 1893 qui avait mis fin à une longue guerre entre les Toubous et les Touaregs, et qui reste dans tous les esprits.

Lire la suite sur Jeune Afrique http://www.jeuneafrique.com/mag/267994/politique/touaregs-contre-toubous-la-guerre-oubliee-du-sud-libyen/

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