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TERRITOIRES ET ACTIONS

«A propos des Touareg de l’Adrar des Ifoghas »- Ambéry Ag Rhissa, 1964

Ambéry Ag Rhissa, M’Bouna, le 26 mai 1964

« Le camarade Ambery Ag Rhissa, instituteur en service à M’Bouna, avait envoyé à l’Essor cet article sur les Touareg de l’Adrar des Ifoghas. L’auteur fait I ‘historique de la vie des populations de l’Adrar à la veille de l’occupation coloniale, pendant le domination française et donne son opinion sur le prétendu problème de Kidal. »

« Les Touaregs de Kidal, considérés dans leur ensemble, constituaient une petite société féodale qui n’avait jamais entretenu avec les populations sédentaires que des relations sommaires, distantes et superficielles, relations qui leur étaient imposées par les nécessités de la subsistance. L’administration française a exploité l’excellente position géographique de la subdivision de Kidal pour que les échos de la lutte inlassablement menée par notre Parti depuis 1946 ne dépassent jamais Bourem. Elle a également et surtout exploité l’énorme différence qui existe entre les mœurs Tamachèques et les mœurs sédentaires, pour développer l’esprit raciste et esclavagiste chez les Touaregs. Pour achever de faire de l’Adrar un terrain entièrement propice à la traditionnelle «action française», le féodalisme a été encouragé et renforcé. La France a appris aux Touaregs de l’Adrar à payer l’impôt (sous forme de tribut), à mépriser le sédentaire, et à respecter l’ordre d’illégalité sociale artificiellement établi pour les besoins de la circonstance et on se servait de l’innocente religion comme justification. Pas plus. Toutes les conditions, depuis la structure géographique jusqu’à la conscience du milieu étaient favorables pour maintenir les Touaregs dans l’obscurantisme le plus inhumain qui soit. C’est ainsi que l’Adrar de novembre 1959 (date du départ du dernier chef de subdivision français, Allard Jean) n’était que celui de 1924, date de sa soumission à la France. »

« Nous savons tous, et les milieux français également, qu’il y avait une étincelle constituée par la minorité « féodaliste » Ifoghas dont le mode d’existence devait tomber nécessairement et obligatoirement en désuétude en régime socialiste.

Pourquoi donc incriminer les Touaregs qui, à part ceux devant qui l’administration française a fait miroiter le mirage de la «liberté» de jadis, et qui, ont déjà fait leur reddition, parce qu’ils ont compris où ce chemin les menait, pourquoi donc, dis-je, incriminer les Touaregs qui sont restés des citoyens maliens à la hauteur de notre évolution sociale ? Pourquoi donc accuser le Mali qui a eu le courage d’entreprendre ce que la France n’a jamais osé toucher du doigt : la lutte contre le féodalisme ? Ces accusations erronées ne trouvent aucune justification dans la participation du fils d’Alla au mouvement. L’activité de L’Ladi Ag Alla s’inscrit dans la rébellion non pas en tant qu’opposition à une domination quelconque, mais en tant qu’opposition du régime féodal au régime socialiste. L’Ladi est resté plus d’un an à Tamanrasset entre 1961 et 1962, et il a été «ensorcelé» par les bases françaises, de la même manière que ses complices. Ce n’est donc pas la lutte menée par son père qu’il a voulu «continuer», car autrement, il l’aurait dirigée contre les Français, contre le sergent-chef Muguet, qui a tué Alla d’une rafale de mitrailleuse.

Ainsi, il apparaît clair que le problème de l’Adrar est une étape qui devait être nécessairement franchie dons notre révolution socialiste. Il apparaît clair que le problème ne s’est pas posé, parce que «c’est le Mali», mais parce que, avec les mêmes données, il se serait posé dans tout autre pays. Autrement dit, il se serait posé à la France elle-même, si elle avait osé décider et entreprendre la lutte contre le régime féodal

Nous disons donc à «Jeune Afrique» qu’il a mal débuté sa Jeunesse, à «Paris-Jour» qu’il, a mal vu le jour, à tous les deux que d’histoire ne s’invente pas. Bien loin de donner naissance à des idées nouvelles et rétrogrades, leurs allégations erronées leur révéleront, une fois de plus, la force de notre patriotisme, ce patriotisme dont ils croient avoir décelé une défaillance chez les Touaregs. Les milieux réactionnaires français ont soufflé sur l’étincelle, croyant déclencher un incendie. Mais l’étincelle n’était pas dans une paillote. Elle était dans une solide maison au milieu du sable où il n’y a rien «d’inflammable»

Quant à la «République des Lithamés», c’est une idée tellement fantaisiste, que j’oserai à peine en parler. Cette idée n’a jamais germé dans l’esprit d’aucun Targui de l’Adrar. Les Ifoghas cherchent à préserver leurs privilèges féodaux et non à obtenir une autonomie. Et ils se seraient bien accommodés de n’importe quel régime, à la condition que ces privilèges soient épargnés. Connaissant parfaitement l’Adrar, mieux que «Jeune Afrique», mieux que «Paris-Jour», je déclare, sans craindre de me tromper, que la «République des Lithamés» est une invention de ceux qui ont le complexe de l’improductivité de leur esprit et de l’inaptitude de celui-ci à analyser les problèmes en partant de leurs données réelles ; une invention de ceux qui croient compenser leur incapacité à évoluer avec l’humanité par des allégations gigantesques dans leur forme, mais vides de toute vérité.

Les Touaregs sont ignorants, d’accord ! Mais ils reconnaissent ce qui leur nuit de ce qui leur est profitable. Ils se souviennent nettement de l’atmosphère asphyxiante qu’ils respiraient sous la domination coloniale fusionnée avec le régime féodal. Ils réalisent parfaitement cette brise bienfaisante qui souffle actuellement sur eux depuis notre indépendance. Ils savent faire des comparaisons judicieuses. Qu’on aille donc leur demander ! »

M’Bouna, le 26 mai 1964,
Ambéry Ag Rhissa.

2 commentaires pour «A propos des Touareg de l’Adrar des Ifoghas »- Ambéry Ag Rhissa, 1964

  • IN ALLAGHEN AG ALLA

    Que du chemin parcouru depuis!!!

  • AG TADAMAKAT N'ASSAHRA

    Grand merci, Administrateur du site, d’avoir bonifier, en un article individualisé « visible » mes commentaires sur un thème similaire dans une fenêtre ouverte.

    En tout état de cause, ce « copié-collé » des Extraits du Texte tiré du journal l’ESSOR n°259 du 22 juin 1964, page 5 où il figure sous le titre :« A propos des Touareg de l’Adrar des Ifoghas QU’ON LE SACHE » par Ambéry Ag Rhissa, ne représentent que la substantielle moelle que j’ai tirée du long article de mon aîné Ambéry qui, à l’époque, enseignait dans mon « pays », le Faguibine, alors que j’étais en 6ième année de l’école fondamentale de Goundam.

    En partageant ce vieux texte tiré des fonds des tiroirs, c’est un hommage-critique que je rends à l’auteur qui, s’il était mort entre 2013 et 2018- Ambéiri est bien vivant, Alhamdoulillah -, se retournerait dans sa tombe pour avoir soutenu le MNLA dans son projet « azawad-rêverie », alors qu’il critiquait, en 1964, l’Alfalaga (petite révolte) des jeunes ifoghas kel Adagh et … la cauchemarde « République des Lithamés », l’ancêtre de l’Azawad des Ichoumar!

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