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Association TAMOUDRE,“Touareg, vie et survie”.
Informations, réflexions et actions ciblées autour du DÉVELOPPEMENT et des problèmes de GÉOSTRATÉGIE, [...]

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TERRITOIRES ET ACTIONS

Atay: l’importance du thé dans la société Kăl-Tămašăɣt

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« Alkas wa n-11 s-ibda tărhamt, tajăm făll-as ălmăɣqulat… » = Ce verre de 11 que vous aimiez tant autrefois et pour lequel vous étiez prêts à toutes les folies…

Il y a trois clés pour s’ouvrir la porte de la société Kăl-Tămašăɣt:

– La langue,

– le thé,

– le tabac.

La langue fait de l’étranger « un des nôtres » puisque les Kăl-Tămašăɣt ont pour identité commune la langue Tămašăɣt.

Le thé rythme la vie des campements. Un accueil sans thé est tiède. Un festin sans thé est incomplet. Un caravane qui revient sans thé est une caravane qui a lamentablement échoué. Un étranger qui arrive dans un campement et qui ne peut pas offrir du thé sera déconsidéré même s’il roule carrosse.

Le thé est un cérémonial qui commence tôt le matin en famille et qui continue tout le reste de la journée avec les visiteurs, les rencontres, les étapes et les repas.
Pour les adultes, le meilleur thé est celui qui se prend l’après midi après la prière, car c’est l’occasion d’échanger des information sur les pâturages, les points d’eau, les animaux perdus et les préparatifs des caravanes sur le Touat, Taoudeni ou l’Agala.

Pour les jeunes, le meilleur moment est celui de l’Ahal. L’Ahal est le moment où les jeunes du campement, filles et garcons se retrouvent pour causer la nuit. C’est autour de ce thé que les jeunes filles apprennent à peaufiner l’art de faire du bon thé afin de pouvoir attirer le maximum de jeunes quand l’Ahal devrait se déporter chez elle. C’est aussi là que les garçons développent le sens de la séduction, de la décence et de la chevalerie.

Le thé peut se boire seul mais le meilleur thé est celui qui se boit en groupe:

» Pour bien faire du thé, il faut du temps, de la braise et des amis  » dit un proverbe tămašăɣt.

Les trois verres de thé symbolisent les trois étapes importantes par lesquelles passent l’être humain.
1. Le premier est amer comme la vie.
2. Le deuxième est doux comme l’amour.
3. Le troisième est sucré comme la mort.

1. La qualité du thé.

Le thé n’est pas une boisson ordinaire consommée par habitude. Il peut faire une bonne réputation pour celui qui sait en choisir la bonne qualité et qui sait le préparer avec soin et art. Car sans le bon dosage d’eau, de thé, de temps de cuisson et de sucre, il sera raté et donnera aux consommateurs une sensation de frustration énorme. Le thé se choisit en fonction:

– d’un nombre: « 4011 »qui ne se trouve qu’en caisse de 5kg,

– d’une taille: plus les feuilles sont petites et enroulées, plus la qualité est meilleure,

– d’une couleur: plus les feuilles sont vertes et le liquide couleur lipton, plus le goût est assuré,

– d’une odeur: elle doit se sentir à l’ouverture de la caisse, et à la cuisson le thé doit dégager un parfum qui se sent de loin.

2. Les exigences du thé.

Il plusieurs type de séances de thé. Celui qui se prend tôt le matin juste après la prière qui est un stimulant pour les activités de la journée. Il se prend en famille.

Il y a celui qui est pris à midi pour la digestion et le repos. Il se prend soit en famille ou sur le lieu de l’activité.

Celui qui se prend après le repas du soir en famille ou en groupe d’amis ou de voisins.

Celui qu’on offre aux visiteurs pour pouvoir échanger sur le déroulement des activités de la journée, les nouvelles d’ici et d’ailleurs.

Quelque soit la séance, vous êtes tenus d’obéïr à certaines règles dès que le groupe atteint deux personnes:

– Si le thé commence en votre présence, vous devez attendre la fin de la séance avant de vous levez,

– si le premier a été bu avant vous, vous ne devez pas prendre le deuxième même s’il vous est tendu. Vous devez attendre la fin de ce thé pour qu’on vous en fasse un nouveau, ou qu’on vous donne le matériel et le thé pour que vous en fassiez un,

– Le thé en verre se tend de la droite vers la gauche, et aucun des convives ne doit se servir que si les verres arrivent à son niveau. Celui qui déroge à cette règle exprime du mépris pour les autres,

– celui qui fait le thé ne doit pas se servir le premier,

– il y a trois verres normaux (premier, deuxième, troisième) de même le contenu de chaque vers ne doit pas depasser trois gorgées.

Celui qui déroge à ces règle peut être considéré comme un vulgaire (axidăho, anăbbayu) ou faire l’objet d’une amende (laxṭiya)

3. Ce que symbolise le thé.

a. L’hospitalité.

L’hospitalité commence par un thé et se termine par un thé. Celui qui abat l’animal le plus gras sans avoir posé le thé avant la cuisson de la chair et un thé après la consommation de cette chair sera géné.

b. Le meilleur cadeau.

Celui qui reviens de voyage ne peut être considéré comme ayant reçu son voyage que s’il peut donner à ses voisins immédiats au moins la consommation journalière de thé.

c. Une coupe pour les méritants.

Quand vous accomplissez une action méritante au cours de la journée ou à tout autre moment de la vie, ceux qui sont temoins s’écrient « alkas ». Les poèmes pour venter les mérites d’une personne qui a marqué les esprits par ses actes commencent généralement par:

« Alkas wa n-11 in… »

̂d. Une marque de déférence:

Quand vous demandez la main d’une jeune fille, et que celle-ci vous est accordée, vous devez payer la Tiwse (l’impôt) aux beau parents: une caisse de thé, 50 kg de sucre et du tabac. C’est ce qui sera distribué aux parents et voisins pour officialiser les fiançailles de la demoiselle.

e. Un signe de goût et de classe.

Le plus riche du campement s’il ne peut offrir du thé de bonne qualité à ses visiteurs est moins considéré que le pauvre qui peut le faire chaque jour.

4. Les ingrédients pour faire un bon thé:

– Du thé de bonne qualité,

– du sucre bien raffiné: de préférence le sucre en pain, à défaut le sucre en carreau, en troisième choix le sucre en poudre,

– des braises qui se consument lentement,

– n’être pressé par aucune activité urgente,

– être en groupe.

5. La préparation:

– Le premier ne doit pas cuire longtemps et doit être servi fort.

– Le deuxième doit cuire plus longtemps et servi légèrement sucré,

– Le troisième passe plus de temps que tous les autres sur le feu et doit être servi demi sucré.

Autrefois cérémonial, le thé est devenu aujourd’hui une boisson commune qui s’achète et se boit comme un vulgaire coca-cola. Il a ainsi perdu son aspect convivial.

Atay: l’importance du thé dans la société Kăl-Tămašăɣt.

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