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Ferhat Bouda à Visa pour l’image: «Les Berbères, une culture en résistance»

Le photographe algérien Ferhat Bouda nous emmène à la découverte de la culture berbère, la plus ancienne d’Afrique du Nord, mais aussi l’une des plus méconnues et des plus menacées. Son exposition «Les Berbères du Maroc, une culture en résistance» est présentée à Visa pour l’image, le festival international de photojournalisme qui se tient jusqu’au 17 septembre dans la ville catalane de Perpignan, dans le sud-ouest de la France. Entretien.
media Ferhat Bouda, lauréat du Prix Pierre et Alexandra Boulat 2016 soutenu par la Scam: «Touda avec sa petite fille. Elle est venue rendre visite à sa sœur pour quelques jours. Tinfgam, dans le Haut Atlas.» 2016. Expo «Les Berbères, une culture en résistance». Ferhat Bouda / Agence VU’

RFI : Ferhat Bouda vous êtes né en Kabylie et vous appartenez au peuple Amazigh qu’on appelle en Occident souvent les Berbères. Les Berbères qui vivent depuis des millénaires dans les pays du Maghreb et dans le Sahara ont leur propre culture, leur propre langue, mais leur identité est constamment menacée par des processus d’assimilation, d’arabisation. Pourquoi avez-vous choisi le langage de la photographie pour défendre votre peuple et votre culture ?

Ferhat Bouda : La photographie, c’était un simple hasard. Je quittais l’Algérie en 2000 et j’ai découvert la photographie en 2001. Mais pendant cette période, je m’intéressais plus à la technique de la photographie. Sinon, je n’ai pas choisi de travailler sur les Berbères. J’ai déjà commencé bien avant. Quand on était au lycée, on les défendait, on organisait des conférences, on organisait des débats…

Pour défendre notamment l’enseignement de la langue amazighe dans les écoles ?

Voilà, après, j’ai fait du théâtre. Je me suis dit aussi que c’est une manière de s’exprimer. Donc le dessin, la peinture… J’ai cherché donc l’idée de faire quelque chose sur cette langue. Après, j’ai décidé de faire finalement de la photographie pour raconter ce que je voulais, ce qui tournait dans ma tête.

Au Festival Visa pour l’image vous présentez vos photos prises au Maroc, où les Berbères sont particulièrement nombreux. Et vous êtes allé dans deux villages berbères du Haut-Atlas, à 2 000 mètres d’altitude pour nous présenter ces magnifiques photos. Comment vivent ces gens ?

J’ai essayé de choisir des endroits qui ne sont pas influencés par d’autres cultures, qui ne sont pas influencés par la globalisation. Pour moi c’est un voyage dans le passé. Je voulais redécouvrir ou bien découvrir ce que je ne connais pas dans cette culture. Comment elle était avant. Donc c’est comme ça que j’ai choisi, en fait, des régions au Maroc. Je ne savais pas qu’elles existaient avant de partir. J’arrive, je demande s’il y a des gens qui vivent un peu loin de tout. Il y a des valeurs, il y a une culture, il y a toute une tradition. Donc j’essaie de voir ce qu’il en reste. J’essaie de voir comment ils vivent et de le montrer au monde.

Qu’est-ce que vous appréciez dans leur façon de vivre, dans leur culture, dans leurs traditions ? Qu’est-ce qui est le plus précieux pour vous ?

Il y a la tolérance. Les Berbères ne se sont jamais entretués sur la religion. Il y a des villages où on trouve trois religions. Ils cohabitent, ils vivent ensemble !

Parce qu’ils peuvent être musulmans, chrétiens… ?

Ils peuvent être musulmans, juifs, chrétiens. Si je raconte juste sur la Kabylie, il y a des non-religieux, des religieux, des chrétiens, des musulmans. Il n’y a aucun problème. Et on souhaite que ça reste comme ça. Donc pour moi c’est très important. Dans ce monde où l’on vit aujourd’hui, il n’y a pas de tolérance. On est dans un monde où on nous demande la religion. Pourquoi ? Chez ces populations ça n’existe pas ! On s’en fout !

Il n’y a pas de problèmes ?

Il n’y a pas de problèmes. Il y a aussi le respect de la femme. Il y a cette démocratie en fait. C’est des démocraties généralement représentatives. Chaque famille a sa part dans la communauté, dans le village. On a notre propre système, notre propre démocratie, notre propre mode de vie, tout simplement.

Ferhat Bouda, lauréat du Prix Pierre et Alexandra Boulat 2016 soutenu par la Scam : « Aicha prépare le thé dans la cuisine de la maison qu’elle partage avec sa fille. Sa voisine est venue lui rendre visite. Timetda, dans la région d’Amejgag. » 2016. Ferhat Bouda / Agence VU’

Vous venez de parler des femmes. Il y a beaucoup de femmes sur vos photos. On a l’impression que la femme occupe une place centrale dans la culture berbère.

Moi-même, j’ai été élevé par deux femmes. Presque dans toutes les familles de ces régions, les hommes migrent, à l’intérieur de leur pays ou bien à l’extérieur. Ils aident leurs familles financièrement. Donc la femme, c’est elle la gardienne de cette culture. C’est elle qui éduque, c’est elle qui a tenu réellement cette culture.

Il y a aussi des enfants qui souvent ne vont pas à l’école parce qu’il n’y a pas d’école, il n’y a pas de dispensaire. Souvent, il n’y a pas d’électricité dans ces villages que vous avez visités.

J’ai visité des régions où il y a des populations oubliées. Après, je pense que ce n’est pas les moyens qui manquent pour ces pays. Nous sommes au XXIe siècle… Un gamin mérite d’être à l’école, mérite d’être soigné. On ne peut pas faire des écoles ou des dispensaires à chaque coin d’un pays, mais il y a des systèmes. On peut créer un système d’internat pour les enfants. Il y a des petits dispensaires, ça ne coûte pas des millions. Ces populations sont oubliées, ignorées.

Et pourtant, depuis plus de 2 000 ans elles gardent leur culture, leurs traditions. Avez-vous l’impression que cette culture est plus menacée aujourd’hui qu’autrefois ?

Si on ne prend pas en charge cette culture, si on ne l’intègre pas dans les nouveaux médias, comme internet, si on ne sauve pas le système social de ces populations, c’est leur disparition. Si on n’enseigne pas la langue ou juste comme ça existe aujourd’hui… Je vois l’officialisation en Afrique du Nord, c’est de la poudre aux yeux !

La langue berbère est reconnue officiellement aux côtés de l’arabe en Algérie et depuis 2011 au Maroc, mais cela seulement en théorie…

Voilà. On l’enseigne, mais on ne travaille pas avec.

Dans les tribunaux, dans les écoles, dans les administrations, il y a toujours l’arabe qui est utilisé.

Parfois même, c’est le français tout court. Le latin est parti. Toutes les langues vont partir si on ne les utilise pas. Il y a aussi cette menace. Par exemple, toute une grande civilisation comme les pharaons n’existe plus aujourd’hui. Le berbère existe encore ! C’est un trésor qu’on doit préserver !

► Ecouter l’interview avec Ferhat Bouda

« Les Berbères du Maroc, une culture en résistance », exposition de Ferhat Bouda à la chapelle du Tiers-Ordre.
Le site officiel de Visa pour l’image

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