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TERRITOIRES ET ACTIONS

Inaltérables Tinariwen

RFI

Formation tutélaire de ce blues rock touareg qui résonne au son des guitares électriques depuis plus de trois dernières décennies, Tinariwen s’apparente à un de ces rochers que les vents, d’où qu’ils soufflent, ne parviendraient pas à sculpter. Une résistance aux contraintes extérieures illustrée par le nouvel album Elwan.

Au bord du fleuve Niger, au cœur de Bamako, entre les ponts qui relient les rives de la capitale malienne : c’est dans ce cadre urbain que le Festival au désert vient de s’achever, le 11 février. Très loin des dunes de sable d’Essakane et des espaces infinis qui en ont fait la réputation. Il était question que l’événement, cette année, se déroule à nouveau dans la région qui l’a vu naitre et qu’il a dû abandonner pour des raisons sécuritaires depuis 2012, mais l’attentat survenu à Gao mi-janvier a contraint les organisateurs à revoir leurs plans.

Le groupe touareg malien Tinariwen. © Marie Planeille

La première édition, il y a seize ans, est aussi mythique que le groupe qu’elle a révélé au-delà du désert et dont l’ombre semble toujours planer sur ce rendez-vous culturel atypique. Avec sa symbolique haute en couleurs et traditions, Tinariwen s’est installé durablement dans le paysage musical occidental. Sept albums en quinze ans, dont Elwan, paru ces jours-ci. Sous leurs chèches majestueux, les musiciens prolongent à leur manière cette quête d’exotisme qui prévalait du temps de l’orientalisme, et activent le ressort de ce romantisme révolutionnaire qui a fait d’eux, dans l’inconscient collectif, les cousins touaregs de Che Guevara et de Bob Marley, armés de leurs guitares et de leurs kalachnikovs pour se libérer de l’oppresseur.

Si cette image participe sans nul doute de leur succès et s’ils se sont pliés aux règles du business de l’industrie de la musique – leur productivité discographique en témoigne –, Tinariwen n’est pas pour autant devenu un produit, avec ce que cela sous-entendrait en termes de malléabilité. « Leur patrimoine est si puissant, ils sont tellement ancrés dans une histoire qui les a amenés jusqu’à aujourd’hui que personne ne peut les dénaturer », remarque Denis Péan du groupe français Lo’Jo, lié de longue date à la formation touarègue qu’il a contribué à faire connaitre. « Ils sont passés entre les mains de réalisateurs en vogue, américains, français ou anglais, sans que cela ait changé ce qu’ils font autrement qu’à la marge », poursuit-il.

Après Justin Adams, Jean Paul Romann puis Vance Powell et ses quatre Grammy Awards au compteur, la tâche a été confiée sur Elwan à Andrew Scheps, autre expert es-rock à la longue barbe digne de ZZ Top, distingué lui aussi à plusieurs reprises (Red Hot Chilli Peppers, Adele, Ziggy Marley…).

Même lorsqu’il est enregistré dans un studio au cœur du parc national californien de Joshua Tree, le son des guitares électriques du Sahara s’impose, recouvre tout. Pas d’alternative. Que le producteur canadien Daniel Lanois s’empare d’une de leurs chansons pour la remixer, ou que le chanteur Saul Williams soit invité à poser sa voix, comme ce fut le cas dans le passé, n’a pas plus d’incidence. Répétitif, Tinariwen ? « Je crois qu’ils ne sont pas tellement sensibles à la notion de nouveauté, de changement, qui sont un peu des idées de marketing occidental. Ils sont dans une posture musicale et ne se préoccupent pas de changer, parce que c’est leur âme », croit deviner Denis Péan.

Pour les entendre (un peu) autrement, il faut remonter à 1992 et cette cassette créditée au groupe « Tinarwen »(sic), enregistrée par quatre d’entre eux à Abidjan, dans les locaux de l’incontournable studio JBZ du Français Jacques Bizollon où quelques-uns des plus grands artistes d’Afrique de l’Ouest ont signé leurs premiers tubes, d’Alpha Blondy à Oumou Sangaré.

Le groupe, né à Tamanrasset dans l’extrême sud algérien, a alors un peu plus d’une décennie, et déjà une aura acquise auprès de la jeunesse touarègue par son statut de combattant, au sens propre comme au figuré, sur le plan culturel, par leur poésie comme par ce jeu de guitares électriques qui fait office de signature artistique. « Demandez aux musiciens touaregs qui les a influencés ! » lance le guitariste malien Samba Touré.

« De Niamey à Kidal en passant par Tamanrasset, tous vous répondront Ali Farka Touré. Il est celui qui a mis l’électricité dans la guitare traditionnelle du nord, et bien sûr les Touaregs ont suivi la leçon », rappelle-t-il, avant de souligner que les différents peuples présents dans la région « ont toujours cohabité sur un même territoire, malgré ce que disent ceux qui voudraient diviser le Mali par le sang ».

Aujourd’hui, pour relayer sa cause et la débarrasser de ce qui la parasite, Tinariwen dispose d’un canal de diffusion dont la puissance de feu se mesure à l’aune de la tournée à venir dans les trois mois : près de 45 concerts dans douze pays d’Europe et d’Amérique du Nord. Le désert du Sahara, s’exporte sur tous les continents, lorsqu’il est convoqué par les guitares.

Tinariwen Elwan (Wadge/Pias) 2017

Page Facebook de Tinariwen

Par : Bertrand Lavaine,http://musique.rfi.fr/musique-touaregue/20170215-tinariwen-elwan

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