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TERRITOIRES ET ACTIONS

Terakaft, rock authentique version touarègue

Kel Tamasheq, nouvel album

Un peu plus de dix ans après ses premiers pas musicaux effectués alors que le blues rock touarègue commençait à se faire entendre au-delà du désert, le groupe Terakaft fait valoir la qualité de ses chansons plus que sa volonté de se démarquer sur cette scène fortement concurrentielle. Son quatrième album Kel Tamasheq bénéficie de l’expérience du producteur-réalisateur britannique Justin Adams, réputé pour son travail avec Tinariwen.

Lorsque le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) a proclamé unilatéralement l’indépendance du Nord Mali, début avril, après avoir pris les villes symboliques de Tombouctou, Gao et Kidal, l’actualité a soudain fait écho aux revendications identitaires portées avec tant de convictions par la scène musicale touarègue. Mais le scénario n’a pas tardé à s’affranchir de sa dimension presque romantique pour s’inscrire dans un schéma au goût politique amer. Et la lutte de pouvoirs qui a vu le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) évincer le MNLA après quelques semaines a fini par doucher de nombreux espoirs.

© Nadia Nid El Mourid
03/09/2012 –

Pour les membres de Terakaft, cette situation de crise au Mali – qui s’est propagée jusqu’aux institutions de Bamako – s’est d’abord traduite par l’impossibilité d’obtenir à temps un visa pour voyager, conduisant à l’annulation de plusieurs concerts sur le sol européen au début de l’été. De quoi aussi pester un peu plus contre l’absurdité de ces frontières géographico-administratives qui découpent le désert au grand dam des nomades, car Sanou Ag Ahmed, le guitariste du groupe, n’a pas eu les mêmes soucis pour traverser la Méditerranée : lui est détenteur d’un passeport algérien. La restriction de certaines libertés individuelles décidée par les chefs du Mujao, au nom de la religion, n’est pas vraiment du goût de ce rockeur trentenaire, qui écoute aujourd’hui Pink Floyd et Dire Straits.

Aïma Ymaïma

Terakaft
Kel Tamasheq
(World Village)
2012

 

Dans les pas de Tinariwen

Quand il a commencé à s’intéresser à la guitare, à dix ans, il était surtout attiré par le son, si surprenant pour quelqu’un habitué à un cadre de vie où les bruits sont rares ! “Pas de radio, pas de télévision, pas de voiture”, résume-t-il. A l’époque où Tinariwen montre le chemin à suivre et s’apprête à avoir une résonnance internationale avec l’album Radio Tisdas Sessions, il prend l’initiative de créer Terakaft. Pas d’effectifs pléthoriques, mais une équipe resserrée. “Comme aux origines du rock”, commente Philippe Brix, devenu leur manager après avoir été celui de Lo’Jo et de Tinariwen.“C’est un groupe assez intriguant parce que familial”, ajoute-t-il. Sanou et son demi-frère Abdallah ont appris à jouer auprès de leur oncle Diara, qui a pris en main le leadership du projet. L’homme a une légitimité qu’aucun musicien touarègue ne remettrait en question car il a longtemps été un membre éminent de Tinariwen, apportant sa contribution à nombre de chansons.

© DR

Difficile, néanmoins, de se faire une place quand on vient derrière un tel groupe emblématique. “C’est très long”, poursuit Philippe Brix, lucide. “Il y a une dizaine de groupes touarègues qui sont à la conquête de leur marché. Celui-ci existe, il y a de plus en plus de demandes pour Terakaft ou Tamikrest, Bambino… Tartitt avait aussi montré qu’on pouvait aller dans un registre plus traditionnel. C’est très ouvert. Il n’y a pas encore vraiment de résultats mais il n’y a aucun doute que tout le monde se regarde ! »

Des hommes libres

Pour son quatrième album fait en studio, commercialisé pas même dix-huit mois après Aratan N Azawad, Terakaft s’est d’ailleurs offert les services d’un “spécialiste” : le guitariste britannique Justin Adams, compagnon de jeu de Robert Plant, s’est déjà illustré à plusieurs reprises dans le blues rock touarègue en réalisant deux albums de Tinariwen. Sa valeur ajoutée ? Non seulement il connaît ce genre jusque dans ses recoins les moins visibles, mais il sait également décoder ces musiciens qui parlent peu, regardent beaucoup, ont parfois l’air d’être triste, voire de s’ennuyer, afin de trouver avec eux le mode de communication adéquat.

L’idée de faire participer aux chœurs et au violon touarègue quelques membres de la tribu angevine de Lo’Jo, jamais bien loin pendant les dix jours d’enregistrement, n’avait rien de préméditée. Faire entrer ces éléments au chausse-pied, en forçant ici ou là, n’aurait tout simplement jamais fonctionné. Question d’approche de la musique. Aussi professionnelle soit leur démarche, avec ce qu’il faut de préparation des chansons en amont, les Terakaft ont en eux cette liberté des hommes du désert qui, transcrite sur les cordes d’une guitare, rime avec spontanéité.

Terakaft Kel Tamasheq (World Village / Harmonia Mundi) 2012
En concert à Poitiers, au Confort Moderne, le 26 octobre

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