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Tinariwen, l’Internationale du désert

Roderic Mounir -lecourrier.ch-Vendredi 17 février 2017

Armés de leurs guitares, sous la double influence d’Ali Farka Touré et Jimi Hendrix, les emblèmes du rock touareg sortent un huitième album résistant. Magnifique.

Djihadisme, trafics en bandes organisées, divisions ethniques, ingérences politiques et tutelles économiques, tels sont les maux qui rongent le Mali. Les Touaregs, disséminés entre plusieurs frontières, restent des nomades sans terre. Du désert s’élève une complainte résistante et résiliente, celle de Tinariwen, musiciens exilés perpétuels dont le blues innerve la région et, depuis une dizaine d’années, le monde entier.

Diffusion via la major Universal dès le milieu des années 2000, tournées internationales et cascades de superlatifs dans la presse occidentale: avec une exposition aussi démesurée, bien des groupes y auraient perdu leur âme. Pas Tinariwen, et Elwan le prouve de la plus belle manière. Pour mémoire, le groupe fondé au début des années 1980 à Tamanrasset (Algérie) est devenu un emblème de la lutte des Touaregs pour l’autodétermination. Avec la guerre qui déchire le Nord du Mali depuis cinq ans, son errance a repris, depuis que toute musique a été décrétée impie par le groupe fondamentaliste Ansar Dine, qui domine la zone sahélienne située entre le nord-est du Mali et le sud de l’Algérie.

Entre Maroc et Mojaves

Ce huitième album a été enregistré entre deux déserts. L’un au sud du Maroc, où des musiciens locaux, notamment de tradition Gnawa, se sont joints à Tinariwen. L’autre en Californie, à Joshua Tree où se situe studio Rancho de la Luna, base arrière du groupe Queens of The Stone Age. Là, un chapelet de rockeurs alternatifs (Kurt Vile, Mark Lanegan, Alain Johannes, Matt Sweeney) s’est pressé pour des contributions d’autant plus avisées qu’elles restent discrètes. A vrai dire quasi indiscernables. Tout au plus la voix de boucanier de Mark Lanegan se signale-t-elle sur «Nànnuflày», lors d’une strophe fraternelle qui promet la fin du «somnambulisme» et assure que «tout ira bien désormais». Le titre de l’album, Elwan, signifie «les éléphants» en langue tamasheq; la métaphore animale désigne tous ceux – militaires, bandes armées, multinationales – qui ont piétiné et mutilé le désert au mépris des traditions, des solidarités et de l’équilibre écologique.

Ingénieur du son chevronné, Andrew Scheps a travaillé sur une pléthore d’albums de Johnny Cash, Red Hot Chili Peppers, U2 ou Jay-Z… Elwan sonne pourtant, miraculeusement, comme un album de Tinariwen. C’est peut-être même le plus beau et le plus vital de la discographie du groupe, porté par la ferveur, les guitares incandescentes et les voix unies dans l’adversité. Contre une folie destructrice que les textes conjurent par la nostalgie, l’espoir, la fraternité, le rôle pacificateur des femmes.

Chœurs en osmose

Le blues désertique et enivrant de Tinariwen se base sur des motifs de guitare électrique répétés en boucle, sur lesquels improvise le soliste tandis que se répondent la voix principale et les chœurs en osmose («Sastanàqqàm», «Hayati»). Certains titres se limitent à une guitare acoustique et des percussions («Ittus», «Nizzagh Ijbal», «Talyat»). On retrouve parfois ces chœurs de femmes qu’on aurait voulu plus présents, tant ils avaient contribué à la réussite d’Imidiwan: Companions (2009), l’album de la révélation. Mais ce n’est qu’un détail. Tempo brusquement accéléré («Assàwt»), instant de poésie pure («Arhegh ad annàgh»), intro de flûte avant un dernier tour de piste guidé par les psalmodies rauques et les solis d’Ibrahim Ag Alhabib, Iyad Ben Abderahmane et Abdallah Ag Alhousseyni («Fog Edaghàn»). On reste sans voix.

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Tinariwen, Elwan, Wedge/Irascible.
En concert le 3 mars aux Docks, Lausanne., http://www.lecourrier.ch/146939/tinariwen_l_internationale_du_desert

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