Marche des enseignants, Bamako, 5 avril 2017 (Aliou Hasseye/maliactu.net)
Marche des enseignants, Bamako, 5 avril 2017 (Aliou Hasseye/maliactu.net)

Gérer le Mali est extrêmement difficile. Vu la faiblesse chronique de l’État qui n’a pratiquement rien pour se défendre, se faire écouter et respecter, les difficultés s’entassent (un front social en ébullition, une économie à la traîne malgré les assurances officielles, un climat sécuritaire se détériorant tous les jours avec son lot de morts et de blessés etc.). Voilà la réalité dans laquelle l’État malien fonctionne actuellement.  Quant aux populations maliennes (la grosse vache laitière) contribuables par excellence, tenant à près de 90% les efforts de l’économie nationale à travers l’agriculture, l’élevage, la pêche, le commerce etc assurant le paiement annuellement des impôts et taxes, elles souffrent. Dans la grande majorité de nos villes et campagnes, les populations n’ont pas accès aux structures sanitaires dignes de nom, à l’eau potable, à un enseignement de qualité. Elles vivent dans des localités enclavées totalement découpées de la réalité du monde actuel (absence de routes, de pistes rurales, de système de communication téléphonique). Après plus de cinquante ans d’indépendance, il y a certaines localités du pays (à Kayes et dans certaines régions du Nord) qui ne reçoivent ni la radio nationale, ni la télévision nationale. Elles sont totalement déconnectées des réalités du pays.

A l’effort des populations locales, s’ajoutent ceux des maliens de l’extérieur. Ce sont plusieurs milliards de nos francs qui sont mobilisés par la diaspora. Cette manne fait vivre des centaines de familles, boostant du coup l’économie. Cet effort de maliens de l’extérieur épargne le pays de plusieurs tensions sociales, crée des petites et moyennes entreprises et donc des emplois. Cette manne ne passant pas directement dans les mains de l’Etat est vraisemblablement plus utile que les impôts, les taxes et les droits des douanes qui passent entre ses mains dont la grande partie est éventuellement détournée entre ses administrateurs et leurs clients affairistes à travers surfacturations, vol, corruption. La contribution des maliens de la diaspora est comme une assistance sociale qui nous épargne des problèmes sociaux dans un Etat qui n’est nulle part pour assister ses citoyens.

Plus de 500 milliards de FCFA de droits des douanes avec un manque à gagner d’un autre 500 milliards à juste titre. Quel est cet agent des douanes ou des impôts qui va réclamer la part de l’Etat à un commerçant pour aller ensuite la reverser dans la tirelire de l’Etat. La pratique est connue, au lieu de partager 50/50 et puis 25/25 entre lui et le commerçant en question là où le commerçant doit procéder à un paiement de 10 millions de FCFA pour l’Etat, l’agent des douanes ou des impôts a l’intelligence de demander seulement 5 millions de FCFA au commerçant et le reste des 5 millions seront divisés par deux 2.5 millions pour lui et 2.5 millions pour le commerçant. N’est-ce pas parfaitement logique? L’État qui paye son agent à 200 000 FCFA perd sur toutes les lignes.

Selon certains chiffres, l’Etat malien mobilise, plus de 600 milliards de FCFA en impôts et taxes, près de 200 milliards en dividende de l’or, près de 400 milliards en appui des partenaires techniques et financiers.

Ces ressources, selon les spécialistes, devraient largement suffire à résoudre les difficultés socio-économiques, réinvestir pour optimiser les sources des revenus à travers la construction des infrastructures de base, le développement d’une ressource humaine de qualité et efficace. Sans oublier les investissements dans la sécurité nationale (une armée forte et bien équipée en moyen aérien, une police professionnelle équipée et bien payé…)

Mais en réalité qu’est-ce que l’Etat fait avec toutes ces ressources? Elles servent à enrichir certains hauts cadres, les proches des tenants du pouvoir et leurs alliés, leurs partenaires affairistes en leur permettant de vivre dans le luxe. Ils sont députés, ministres, DG, DGA, chefs de services, chefs de projets, fournisseurs et commerçants affairistes et véreux etc..).

D’où plus 50% de ces ressources partent en fumée d’incompétence nationale. L’État malien n’aura jamais de moyens tant qu’il n’aura pas fermé ces trous noirs de surfacturation, de gaspillage et autres dépenses inutiles. Il est temps d’arrêter de faire semblant. On ne peut pas dilapider et réaliser à la fois. Il faut que l’Etat respecte chaque centime de ses ressources comme une pièce précieuse.

Oumar Traoré
Source : L’Humanité, http://maliactu.net/mali-gestion-chaotique-du-pays-la-corruption-est-elle-dans-ladn-du-regime/