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TERRITOIRES ET ACTIONS

Quelle est donc cette folie qui s’empare soudain de l’humanité ?

 Nouvel Obs –

Comment croire qu’il y a quelque part des volontés réellement pacifistes, sinon des pensées non violentes, lorsqu’on parcourt la carte du monde ou qu’on écoute les responsables ?

Quelle est donc cette folie qui s'empare soudain de l'humanité ?Kim Jong-un observe le lancement d’un missile Hwasong-12, sur une photo de propagande diffusée le 16 septembre 2017. (AFP PHOTO / KCNA VIA KNS / STR)

Est-ce que ce siècle ne serait pas celui du meurtre ? Est-ce qu’on n’aurait pas plus de désir de tuer que d’éviter de mourir ? On va mettre longtemps à conjurer le massacre de Las Vegas. Pourtant, je dois avouer qu’en dépit des démences américaines j’ai été davantage bouleversé par l’assassinat de ces deux jeunes filles à Marseille. Deux cousines si jeunes, si émouvantes, si innocentes dont la disparition gratuite, déconcertante et si cruelle conduit à s’interroger sur ce dont chacun d’entre nous est capable. Quelle est donc cette folie qui s’empare soudain de l’humanité ?

Je n’oublie certes pas tout ce que les autres religions ont pu provoquer, même pendant la période de la Saint-Barthélemy que Montaigne a fini par décrire comme une malédiction de la chrétienté. Je sais bien aussi qu’aujourd’hui le plus grand nombre des victimes des terroristes musulmans sont musulmanes. Cela n’explique en rien le crime des tueurs, ni le martyre des victimes.

Quand le sursaut va-t-il advenir ? Comment croire qu’il y a quelque part des volontés réellement pacifistes, sinon des pensées non violentes, lorsqu’on parcourt la carte du monde ou qu’on écoute les responsables ? En Corée du Nord, à la Maison-Blanche, en Turquie, en Espagne, en Syrie, au Proche-Orient.

De la survie du monde

C’est pourquoi, n’excluant plus l’éternité du mal, je ne cesse de soutenir qu’il n’y a de solution que par la condamnation unanime de la fatalité des violences, c’est-à-dire par toutes les idéologies et toutes les religions, en même temps et dans le même texte. C’est ce qu’a fait le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Gúterres, dans un discours poignant le 19 septembre dernier devant l’Assemblée générale de l’organisation. C’est la première fois que l’on a parlé avec un réalisme si pathétique de l’état du monde et de la manière d’assurer quelque chose qui ressemble à sa survie. Quelque chose qui mettrait l’humanité sur la voie de l’humanisme. Cela dit, il serait injuste de sous-estimer l’importance, même symbolique, de l’attribution du prix Nobel de la paix à la campagne Ican, œuvre d’un groupe d’ONG qui milite pour le désarmement nucléaire.

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J’ai commencé par dire que ce siècle était peut-être celui du meurtre ritualisé. En fait, c’est surtout celui de l’arme nucléaire que chacun croit avoir le pouvoir d’apprivoiser. Ce prix Nobel est probablement plus important que tous ceux qui l’ont précédé. Il rappelle que, jusqu’à maintenant, l’arme nucléaire avait été mise en question seulement par deux grands esprits : Albert Camus le jour même de l’explosion de la bombe à Hiroshima puis le philosophe allemand Karl Jaspers (« la Bombe atomique et l’Avenir de l’homme » paru en 1958).

Sans doute quelques historiens mettent-ils en question le caractère décisif de la bombe atomique dans la capitulation japonaise. Selon eux, les bombardements de Hiroshima puis de Nagasaki n’auraient pas été perçus par les dirigeants nippons comme fondamentalement différents des déluges de feu qui s’abattaient déjà sur tout l’archipel. Par ailleurs, il n’est pas exclu que depuis soixante-dix ans les nations aient mûrement réfléchi avant d’envisager un conflit nucléaire. Il reste que les Iraniens, les Indiens, les Pakistanais et les Israéliens tiennent à leur bombe, et que le Nord-Coréen Kim Jong-un et l’Américain Donald Trump laissent entendre qu’ils seraient prêts à en faire usage.

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Le Che, Régis et moi

C’est donc le 9 octobre 1967 que l’icône des jeunes révolutionnaires est tombée sous les balles de ses ennemis. A la suite de Régis Debray qui a toutes les qualités pour l’évoquer, un souvenir édifiant m’est revenu que j’ai plaisir à lui dédier. Che Guevara, je l’avais rencontré une première fois à La Havane lorsqu’en 1963 je me rendais à Cuba pour apporter à Fidel Castro un message de John Kennedy. Nous étions dans les jours qui suivaient les accords entre les deux chefs d’Etat pour mettre fin à la présence des missiles soviétiques dans le nord de Cuba.

Les derniers secrets de Che Guevara

Puis, je l’ai vu à nouveau lors d’une célébration de l’indépendance de la République algérienne, chez des amis communs à Alger. Les dépêches s’accumulaient alors pour annoncer les records battus par les Cubains dans la récolte de la canne à sucre. Il m’a paru donc normal d’en féliciter le Che. Il était très beau ce jour-là, mais son regard se durcit pour me dire :

« Attention, si vous êtes un ami, ne faites pas d’erreur. Pour la récolte de la canne à sucre ou d’autre chose de ce genre, les capitalistes sont plus forts que nous. Ce n’est pas ce record battu qui fait la révolution. Ce n’est pas notre objectif que d’entrer en compétition avec le capitalisme.

La révolution, ce n’est pas la recherche de la technique ou du profit, c’est un changement total d’état d’esprit : celui de l’abandon de la productivité et de la consommation à tout prix. Il faut que l’on retrouve, dans les discours de Fidel, cette inspiration révolutionnaire. »

On ne l’a pas retrouvée. L’utopie guévariste est morte avec les barbaries autoritaires qui ont écrasé les peuples au lieu de les libérer.

Jean Daniel, 

http://tempsreel.nouvelobs.com/edito/20171012.OBS5900/quelle-est-donc-cette-folie-qui-s-empare-soudain-de-l-humanite.html

1 commentaire pour Quelle est donc cette folie qui s’empare soudain de l’humanité ?

  • tissekheren

    Oui un changement d’esprit s’impose et de plus en plus; cela est valable à tous les niveaux !
    On ne peut pas continuer à se comporter aujourd’hui comme le faisaient nos ancêtres aux siècles derniers
    Adaptons, adaptons nous à notre temps!

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