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TERRITOIRES ET ACTIONS

Dénoncer la dimension collective de la haine et chercher ses causes pour la prévenir

Seuil publie aujourd’hui la traduction française du livre de Carolin Emcke  » Contre la haine, plaidoyer contre l’impur « . Le propos de Carolin Emcke promeut l’impératif catégorique de l’égal respect de tous, qui se conjugue à l’acception des différences, qui caractérise la culture démocratique moderne.

Il y a un terrain fertile à la haine des autres aujourd’hui. La haine est assumée. Elle s’affiche et sans honte.

Le racisme est (re)devenu une forme publique d’expression. Cette normalisation s’est faîte en politique plus tôt en France (Fn) qu’en Allemagne (Afd). La violence institutionnalisée est le résultat des instruments de pouvoir agissant par synthèse de l’expression violente de l’extrême-droite dans la rue, des intellectuels de droite qui habillent idéologiquement la haine et les partis politiques qui la minimisent par ignorance ou en négligeant les causes, les réalités sociales ou individuelles.

Il faut être attentif en permanence à la genèse du racisme et de la haine de l’autre ; à propos desquels nous avons l’obligation de réfléchir et d’en rechercher les causes profondes et lointaines, ne pas se contenter de dénoncer l’acte qui n’en est qu’un effet.

Que voient les racistes ? Pourquoi ? Comment expliquer un déclenchement de haine qui rend l’homme invisible à l’homme ?

Le racisme est un spectacle qui a un public. Qu’est qui fait que ce spectacle se déclenche ? Et surtout cette indifférence des gens qui regardent.  Cette indifférence participe efficacement aussi au développement du racisme. Le racisme tout seul n’existe pas.

La haine ne démarre pas au moment où les gens se comportent plein de haine. Ce n’est pas spontané ni individuel. La haine est construire, préparée par ceux qui laissent la haine s’exprimer. La haine s’installe et s’impose par sa banalisation dans les médias en laissant s’installer la confusion et l’amalgame entre des groupes de population et une qualification pénale.

La haine est un phénomène collectif et le collectif est aussi la solution par la création et l’affirmation d’une culture démocratique qu’on ne peut pas déléguer au politique et aux institutions. C’est le peuple qui fait la culture démocratique. Cela doit être intégré par tous. L’ouverture d’esprit, la culture doivent être est de la responsabilité quotidienne de tous et de chacun dont le but est d’identifier, dénoncer et de condamner les sources des discours et des images de haine.

La culture démocratique est celle de l’acceptation des autres, les laisser faire et vivre. C’est un impératif. Un plaidoyer passionnel d’accepter les autres sans les considérer comme un danger. C’est-à-dire consacrer le principe d’un égal respect de tous. L’égal respect de tous n’est pas de l’amour. C’est une posture objective qu’impose le respect de la dignité humaine, principe intransgressible et de base à toute société démocratique (prohibition absolue de la torture, prohibition de la discrimination, égalité effective des droits, …)

La haine ne peut pas être réduite à une fatalité anthropologique. C’est une sentiment. C’est autre chose que la colère, que la peur. La haine cherche à identifier son objet pour s’entretenir, se ‘en convaincre s’en nourrir, tout en voulant faire disparaître cet objet, l’exterminer. Il est difficile de ramener rapidement à la raison les gens qui se trouvent dans ce sentiment de haine. D’où l’importance prioritaire à s’interroger bien en amont sur la manière de vaincre ces modèles idéologiques qui mènent à la haine.

La solution est dans une société qui accepte la différence et qui en fait un enrichissement. C’est à l’opposé d’une appréciation qualitative des valeurs d’une personne ou d’un groupe par rapport à un(e) autre. La culture publique souffre aujourd’hui de la contamination d’une idée selon laquelle la différence, pour une raison ignorée, est un facteur d’instabilité et que l’homogénéité, la « pureté », est plus facile à gérer.

Des dictatures ont développé le concept de l’homogénéité ou de la pureté. Hannah Arendt aurait dit que ces dictatures ont profité du totalitarisme. Ces dictatures n’ont laissé aucun espace pour que l’individualité – ou la non pureté – se développe. Comment la pureté peut-être un gage de stabilité ?

C’est un cadeau d’avoir une société démocratique où des gens vivent selon leurs envies, l’imaginaire qu’ils ont développé autour de la notion de bonheur, qui peuvent vivre leur foi ou leur absence de foi, puissent fêter ce qu’ils veulent, et il faut s’en réjouir même si cela ne correspond pas à ce que chacun peut imaginer de sa vie. C’est l’idée sous-jacente de l’Europe et il est étonnant que des personnes veuillent arrêter tout cela, alors que c’est un cadeau, un bonheur, qui devrait être célébré joyeusement. Bine sur que la démocratie est difficile, c’est même fatiguant. On a des tas de conflits qui vont avec. La mise en place d’une démocratie nécessite de négocier cet équilibre et l’égalité. Pourquoi la démocratie serait-elle simple, d’ailleurs ? Pourquoi ?

Personne ne doit être tolérant vis-à-vis de la terreur, de la violence, des attaques terroristes, des haineux qui bouleversent ou viennent rompre l’idée de tolérance qui permet de laisser chacun vivre dans sa différence et dans ses choix. Les mesures correctrices après un attentat ne sont efficaces que si on adopte une méthode pour en chercher efficacement les causes, comprendre comment cela s’est fait et pourquoi, pour en prévenir un maximum ensuite, l’empêcher. Il est intéressant de voir que l’idéologie de Daech est celle de la pureté. C’est une idéologie qui veut discriminer les musulmans de ceux qui ne le sont pas. La meilleure prévention est de plaider pour une politique d’intégration européenne où les musulmans prennent leur place. Il faut se méfier de « l’identité hypocondriaque » qui a peur de la contagion ou même de la contamination de la culture majoritaire par des cultures minoritaires.

Le plaidoyer pour l’impur plaide pour le pluralisme de la pensée et pour un débat d’idées qui permette de faire progresser les esprits en produisant un contre-récit à celui auquel s’abreuve la haine. Savoir agir en conciliant le « parler-vrai » de Foucault à la poésie de l’égalité.

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/carolin-emcke-lintellectuelle-qui-reveille-lallemagne

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