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«Interdire le salafisme est impossible et absurde»

Le Parisien-Propos recueillis par Sébastien Ramnoux| 27 mai 2018, 7h17

«Interdire le salafisme est impossible et absurde»
Bilel Ainine est membre de l’observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès.
Qu’est-ce que le salafisme ?

BILEL AININE. C’est un courant religieux qui préconise une lecture littérale de l’islam, c’est-à-dire du Coran et de la Sunna qui fixe les règles de vie et le culte des musulmans. En résumé, les salafistes veulent vivre selon les préceptes édictés au temps du prophète et des compagnons qui l’ont suivi, la période du VIIe au Xe siécle. Pour eux, la religion doit gouverner toutes les facettes de la vie et de la société. C’est un courant rigoriste qui prône un certain retour en arrière.

Quel est leur but ?

Le salafisme a une vision sur le long terme. Il veut étendre sa conception rigoriste de la religion musulmane partout dans le monde par une action de prédication basé sur le principe de l’éducation et de la purification des esprits. Il s’oppose à la confrontation directe avec les gouvernants et prône la patience : s’il faut attendre 1 000 ans pour opérer un changement, il y est prêt. C’est là qu’il faut distinguer plusieurs courants dans le salafisme.

À l’origine, c’est un mouvement dit « quiétiste » car opposé à la pratique de la politique (NDLR : ce qui le différencie des Frères musulmans) et surtout à l’action violente, au terrorisme. Ces valeurs sont toujours majoritaires dans le salafisme, mais des branches plus récentes liées au salafisme djihadiste ont prôné la violence, comme Al-Qaïda ou encore Daech. Le salafiste « orthodoxe » est opposé à cette violence.

Le lien entre terrorisme et salafisme n’est donc pas direct ?

Effectivement, c’est plus complexe. Le salafiste quiétiste prône ce qu’on appelle le « grand djihad », qui est un parcours spirituel personnel tourné vers la maîtrise de soi, de ses émotions, et une pratique parfaite de la religion. C’est un long chemin. Certains n’ont pas la patience de pratiquer cet exercice et s’engagent dans la voie du « petit djihad » qui se veut plus efficace, et autorise la violence pour imposer la loi islamique. Cela a abouti à l’émergence du « salafisme djihadiste » que l’on connaît aujourd’hui. Historiquement, il a commencé avec les combattants venus épauler les Afghans dans la guerre contre l’URSS, puis s’est poursuivi avec le GIA algérien, Al-Qaïda et Daech aujourd’hui.

Quel est l’impact du salafisme en France ?

C’est très difficile à mesurer, d’autant plus les salafistes sont beaucoup moins organisés et très faiblement hiérarchisés en comparaison avec d’autres courants, tels que le soufisme, l’ibadism… etc. Ils restent très minoritaires dans la communauté musulmane en France, l’on a parlé de 15 à 20 000 adeptes et d’environ 200 mosquées et lieux de prière de tendance salafiste, mais cela reste approximatif. Le problème que ce courant pose vient du fait qu’il est très prosélyte, au discours percutant, séduisant. Son discours est très dur à contrer car il s’oppose frontalement aux normes dominantes au sein de la société française et rejette les principes de la démocratie tout en favorisant un repli sur soi. Il est à ce titre un courant exclusif.

Peut-on interdire le salafisme comme l’ont préconisé récemment certaines personnalités politiques ?

Techniquement c’est impossible, mais c’est surtout absurde. Comment interdire une idée, une opinion, une conviction ?

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