Les prochains jours, le Syndicat des travailleurs de l’Administration d’État (SYNTADE) devrait mettre à exécution son mot d’ordre de grève prévue les 25, 26 et 27 octobre 2017. Si cette grève annoncée frise le ridicule, il n’en demeure pas moins vrai qu’elle met à nu ce qui n’est qu’un secret de polichinelle : la corruption est devenue une habitude malienne. Et l’on peut, en toute légitimité, se poser cette question : les Maliens pourraient-ils vivre sans corruption ?Mounouni Guindo : il va se faire d'innombrables ennemis... pour rien.

Bien que d’énormes efforts aient été faits, d’énormes sacrifices consentis par l’État depuis le temps du Président Alpha Oumar Konaré à nos jours, les salaires des travailleurs maliens restent désespérément bas. À tel point que personne, autant dans le secteur public que privé, ne peut honnêtement vivre de son salaire, à quelques rares exceptions près qui confirment la règle générale. Comment faire alors pour s’en sortir et « joindre les deux bouts » pour nourrir sa famille et prendre en charge toutes les obligations afférentes sans compter l’aide à apporter aux autres parents installés au village et qui fondent tous les espoirs sur vous ?

Voilà le casse-tête de la majorité des travailleurs maliens. Avec des salaires compris entre 40 000 FCFA (le Smig) et 200 000 FCFA pour les fonctionnaires moyens-supérieurs, il est pratiquement impossible de vivre, de faire vivre les siens et prétendre construire sa maison avant l’âge de la retraite. Comment expliquer à sa famille qu’on n’a pas pu construire une maison de toute sa carrière à cause d’un salaire insuffisant est une question qui taraude l’esprit de tous les travailleurs maliens. Car tous ceux qui ont eu l’honnêteté de vivre uniquement de leur salaire ont été honnis par leurs familles et traités de « maudits ».

Dans une société où seul l’argent ennoblit désormais l’Homme, c’est la voie ouverte à toutes les pratiques frauduleuses pour en posséder. Si l’on fait une rétrospective de la situation, on se rappelle que c’est sous le règne de Moussa Traoré que tout cela a commencé. De 1980 à 1991, les fonctionnaires maliens passaient des mois sans salaires. Entre 2 et 5 mois, selon que l’on travaille au Sud et au Centre du pays ou au Nord, notamment à Tombouctou. Acculés, humiliés pour la plupart, d’honnêtes travailleurs, d’honnêtes citoyens ont été contraints de s’engager sur le sentier tortueux de la malversation, de la corruption et autres pratiques malsaines pour se nourrir et nourrir leurs familles. L’argent facile aidant, les mauvaises habitudes se sont perpétuées à l’avènement de la démocratie en mars 1991, d’autant plus que les « patriotes convaincus et démocrates sincères » qui ont accédé au pouvoir se sont enrichis de façon éhontée en faisant main basse sur les deniers publics.

Depuis mars 1991, les hommes politiques ne cessent de piller les caisses de l’État. Et jamais aucun d’entre eux n’a jusqu’ici été inquiété. Pour l’immense majorité des travailleurs de tous bords c’est le signal de « fais ce que peux et ce que veux », surtout depuis qu’un certain Amadou Toumani Touré (ATT) a osé déclarer à l’ORTM qu’il « n’humilierait aucun chef de famille » en le mettant en prison pour détournement d’argent public. Le fameux « consensus » à la malienne fut un véritable banquet pour dépecer le mouton de Tabaski qu’était devenu le Maliba. À l’accession du Kankélentigui au pouvoir, les esprits s’étaient apeurés un tout petit trimestre, le temps qu’éclatent des scandales de détournements qui éclaboussèrent l’entourage immédiat du Président de la République. IBK venait de perdre la face, définitivement. Ni les rapports du Végal ni la récente création de l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite ne font plus peur à personne. Aussi longtemps que les « grosses têtes » resteront impunies, la lutte contre la corruption restera vaine et sans effet.

Le Mali est ainsi devenu l’un des pays les plus corrompus de la planète-terre. La Justice, la Police, l’Éducation, la Santé, l’Administration sont des secteurs totalement minés par la corruption. Assurément les Maliens mourraient si la corruption était interdite ou combattue. Car celle-ci est devenue un « style de vie ». Personne parmi les Horons que chantent les griots n’en a honte. Au contraire. Alors question : Comment le pays de Sunjata pourrait-t-il se défaire d’un mal qui tue l’État à petit feu ? Personne aujourd’hui n’a la réponse à cette question car la corruption au Mali est devenue démocratique. À telle enseigne que les centaines de milliers de jeunes sans emplois du Mali ne rêvent que d’une chose : entrer dans la Fonction publique et découper leur part du gâteau. C’est désespérant. Si le SYNTADE réussit son coup de poker, le mal sera total et irréversible. À moins qu’un obscur Capitaine de l’armée… mais ça ce serait anticonstitutionnel.

Diala Thiény Konaté, http://maliactu.net/mali-les-maliens-peuvent-ils-vivre-sans-corruption/