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TERRITOIRES ET ACTIONS

Le Mali, État factice créé par la colonisation

La Croix-Witold Markiewicz , le 16/08/2018 à 14h25

 

Près de 8 millions de Maliens ont voté, dimanche 12 août, lors du second tour de l’élection présidentielle au Mali. Le président sortant du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta, a été réélu pour un nouveau mandat de cinq ans face à l’opposant Soumaïla Cissé.

L’économiste Witold Markiewicz retrace ici l’origine du Mali et de la colonisation de l’Afrique. C’est en 1885, au congrès de Berlin, que les pays européens vont se partager l’Afrique. La France, de la Troisième République, se taille la part du lion : Afrique Occidentale française.

Constituée en plusieurs étapes, à partir de la vallée de la rivière Sénégal, elle réunit à terme l’actuelle Mauritanie, le Sénégal, le Mali, la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Niger, la haute-Volta, le Burkina Faso, le Togo et le Bénin.

L’occupation progressive de ces territoires va se faire par des protectorats ou les conquêtes de l’armée française. Au début du XXe siècle, la quasi-totalité de l’Afrique Occidentale est colonisée. Seuls les Touaregs se sont battus contre la colonisation jusqu’en 1918, et étaient le dernier peuple soumis par la France.

Le découpage de l’Afrique et ses conséquences

En redessinant à la règle un continent, la France a mis en place un mécanisme insensé : ce sont des frontières du hasard, héritées de la colonisation, qui devraient créer des « États », artificiels et fragiles, qui n’ont pas réussi à se doter d’institutions crédibles.

Au fil des décennies, dans la plupart de ces États, d’une élection trafiquée à l’autre, d’un coup d’État à l’autre, d’une intervention militaire française à l’autre, les choses restent toujours volatiles. C’est le cas du Mali, enclavé, créé sans aucune logique géographique, historique ou ethnique.

Le Sahel sous l’emprise des djihadistes

En 2011 en Côte d’Ivoire, en 2013 au Mali et aujourd’hui dans l’ensemble du Sahel, la France tente, avec l’intervention de ses troupes, d’aider les pays du secteur qui luttent contre Boko Haram, Al-Qaïda et d’autres terroristes.

Mais il faut rappeler qu’à partir de 2011, dépassant l’esprit de la résolution de l’ONU, la France de Sarkozy et l’Otan ont détruit l’État libyen, en laissant reprendre ses immenses arsenaux par les groupes terroristes qui ont ensuite investi les pays du Sahel.

D’autres événements s’en suivent : en 2012 les Touaregs du MNLA, indépendantistes, puis les djihadistes, s’emparent du Nord du Mali. En 2013, l’intervention française « Serval » a permis à l’État malien de le reprendre. Mais sa présence dans l’immensité désertique du Nord, et désormais au Centre (Mopti), reste fantomatique. L’effondrement de l’État malien est évident dans plus de la moitié de son territoire.

Comme il est loin le temps lorsque les touristes, avec les guides touareg, visitaient le patrimoine mondial de l’Unesco à Tombouctou.

La mise en œuvre des accords de paix d’Alger de 2015-16, signés entre le Mali et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), s’avère difficile à appliquer. Les groupes armés radicaux, battus et exclus des négociations, se sont progressivement reconstitués et en plus ont été rejoints par les jeunes désœuvrés. Plus de 700 écoles sont fermées en raison de l’insécurité, car étant « françaises » selon les terroristes.

Face au morcellement ethnique (touareg, Maures, Peuls, Dogons etc.) les réponses des autorités militaires maliennes ne sont que sécuritaires. Elles sont même totalement absentes dans certaines régions, en s’appuyant seulement sur la milice d’une seule ethnie au détriment des autres et sans dialoguer avec tout le monde.

En plus, la guerre au Mali devient aussi une révolte sociale. Actuellement, dans la guerre sans front au Sahel, sur cinq millions de kilomètres carrés, l’endiguement des djihadistes est assuré surtout par les militaires français – 4 500 dans l’opération « Barkhane ». Ils ne sont aidés que par la fragile coalition G5 des armées africaines (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad), et les drones armés américains.

Y a-t-il une « solution militaire » au Sahel ? 

On pourrait s’interroger comment le Portugal et la Grande Bretagne ont réussi, à décoloniser leurs possessions sans jamais y revenir militairement ? Certains intellectuels africains recommandent l’instauration d’un moratoire dans les combats contre les djihadistes, et permettre ainsi aux États du secteur d’ouvrir le dialogue avec les groupes armés, pour qu’elles deviennent, à terme, des partis politiques reconnus.

Ils proposent même de réduire la présence militaire française, comme une mesure de confiance pour certaines populations, pour permettre plus aisément un règlement politique en s’émancipant de la France.

L’Algérie, ex-colonisée, pourrait devenir le pays clé afin de reprendre les négociations avec objectif de la « refondation du Mali » sur la base plus réaliste, d’une fédération Nord-Sud, Bamako – Azawad. L’Algérie pourrait aussi l’appliquer avec la contribution ponctuelle de son armée, qui parle l’arabe, le français et le tamasheq… important pour pouvoir négocier avec l’ensemble de la population du Nord malien.

Le scrutin présidentiel, avec des conflits intercommunautaires actuels, n’apportera pas des changements positifs au Mali. Il écartera, comme d’habitude, les candidats porteurs de projets alternatifs.

Une population en hausse

En 2018, le Conseil Européen a attribué 500 millions d’euros pour aider la Libye et le Sahel. Ce qui est trop modeste ! Selon Antonio Tajani, président du Parlement Européen, il faudrait aller jusqu’à 40 milliards, d’abord… Et puis, lancer un véritable Plan Marshall pour l’Afrique, coordonné avec les Africains. Ce ne serait pas un cadeau !

Attention : les six pays sahéliens, d’où partent actuellement la plupart d’émigrants illégaux, 90 millions d’habitants en 2018, seront 240 millions en 2050. Donc demain ! Avec la pauvreté, sécheresse, terrorisme et chômage massif des jeunes, ils seront combien pour tenter de joindre l’Union européenne ?

Il y a urgence ! Et le chemin est long…

Witold Markiewicz ,https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/Le-Mali-etat-factice-cree-colonisation-2018-08-16-1200962141

2 commentaires pour Le Mali, État factice créé par la colonisation

  • Djiya Diani

    Trop de faux « experts » qui ayant lu quelques livres et effectué quelques visites croient pouvoir se permettre des verdicts définitifs ! Terrible si ceux qui prennent les décisions en Europe s’appuient sur de telles analyses ! Ce Monsieur ne connaît de l’histoire de l’Afrique ou du Mali que des stéréotypes et des clichés. Pour commencer je lui suggérerais fortement de lire le Tarik El Fettach. Enfin, à tous ceux qui croient flatter l’Algérie en lui faisant croire qu’elle détient la clé de tout cet imbroglio : elle est à la fois l’un des auteurs et l’une des victimes de la situation du Sahel ! Mais cela demande une analyse sérieuse.

  • AG TADAMAKAT N'ASSAHRA

    je réagis à ce que dit, fort bien et opportunément, Djiya Diani sur les relations « camouflées/enturbannées » entre le Mali et l’Algérie de Boutef AVC et Généraux terro-narcotrafics, je réchauffe un vieol article de presse malienne, « la répétition étant pédagogique », lisez SVP:

    « 4 juillet 2006 : le jour où l’Algérie divisait définitivement le Mali », par Nouvelle Libération – Date: 18 Juillet 2014.

    Il y a huit ans (le 4 juillet 2006), les Maliens signaient, à travers le ministre de l’Administration territoriale de l’époque, le général Kanfougouna Koné et les représentants du regroupement qu’on appelait « Alliance du 23 mai », les Accords dits d’Alger. Un document qui avait fait l’objet d’une contestation incroyable, jusqu’à la présidence de l’Assemblée nationale. Dont le président était un certain…. Ibrahim Boubacar Kéïta.
    A l’époque, la Libye venait d’ouvrir un consulat à Kidal et Moammar Kadhafi avait fait le tour du Mali, de la manière dont on sait, avec tout le boucan qui lui sied, abandonnant même souvent son hôte ATT dans certaines villes, telles que Tombouctou. On doutait déjà que quelque chose allait se passer au Nord avec ces agissements de Kadhafi et que l’Algérie n’allait jamais accepter que ce pays s’installe dans une zone qu’il considère comme son pré-carré, à savoir le Nord-Mali.
    Les choses se passèrent exactement comme on le craignait. Quelques mois après, la crise éclata à Kidal. Des hommes armés attaquèrent, en plein jour, le camp militaire de Kidal avec son lot de morts, d’humiliation. Après quelques mois de tension, l’Algérie vint (encore une fois) à la rescousse, comme médiateur et éteignit le feu qu’il avait allumé, à travers la signature d’un accord par lequel le Mali retirait ses militaires de la plupart des postes frontaliers dans le septentrion et consacrait l’abandon de toutes ces zones par notre pays, donc sa partition de fait en ces termes :
    – « Poursuite du processus de délocalisation des casernes militaires dans les zones urbaines conformément aux dispositions du Pacte National ;
    – Retour, sous l’égide du facilitateur, de toutes les armes et munitions ainsi que de tous autres matériels enlevés depuis les attaques du 23 mai 2006 de Kidal, Ménaka et Tessalit selon les modalités arrêtées dans le présent accord ;
    – Création en dehors des zones urbaines de Kidal d’unités spéciales de sécurité, rattachées au commandement de la zone militaire et composées essentiellement d’éléments issus des régions nomades, dans les proportions assurant l’exécution efficace des missions des Unités Spéciales de Sécurité
    – L’acte de création de ces unités déterminera leur nombre, leur tableau d’effectif et de dotation, leur implantation et leurs caractéristiques… »
    Ces passages du texte étaient clairs. Le Mali acceptait, à travers ledit document, de n’avoir des militaires que dans les grandes villes et la création d’unités spéciales, composées essentiellement d’éléments issus des régions nomades, donc d’anciens rebelles soutenus par l’Algérie. Et comme nous l’évoquions dans notre précédente parution, ce sont ces unités qui faisaient l’affaire de l’Algérie. Car, le pays de Bouteflika profitait de ces groupes pour contrôler le Nord du pays et se tenait au courant de tout ce qui s’y passait. Pire, ils avaient et ont aussi des unités qui travaillent de concert.
    Mieux, pour prouver que la zone de Kidal était une zone spéciale et que des faveurs devaient être accordées à cette ville au détriment des autres zones, il a été décidé dans le même document une « reconduction pour une durée de dix (10) ans du régime préférentiel fiscal défini par le Pacte National pour les régions du Nord du Mali, en vue d’attirer et d’encourager l’investissement.
    On insiste aujourd’hui, du côté des rebelles et de leur soutien, l’Algérie, sur les engagements pris par l’Etat et on oublie des dispositions telles que : « Le retour, sous l’égide du facilitateur, de toutes les armes et munitions ainsi que de tous autres matériels enlevés depuis les attaques du 23 mai 2006 de Kidal, Ménaka et Tessalit selon les modalités arrêtées dans le présent accord ».
    Pourquoi l’Algérie, la Communauté internationale n’a jamais exigé à ce que les rebelles rendent toutes les armes volées dans les camps militaires lors des attaques du 23 mai.
    Pour ce qui concerne la protection des rebelles, le passage qui y est consacré frise à la limite le ridicule et n’a rien à envier aux mesures ségrégationnistes qu’on voit sous d’autres cieux. Il parle de « Gestion avec discernement des officiers, sous-officiers et hommes de rang qui ont quitté leurs unités d’origine pendant les événements du 23 mai 2006, en les intégrant si besoin dans les unités spéciales de sécurité, en mettant à contribution la structure de leurs situations administratives, financières et de carrière, ainsi que leur participation aux opérations de maintien de la paix ».

    On se demande encore aujourd’hui comment le Mali a pu signer un tel document, qui prouve à suffisance que l’intérêt de ceux qui se battent contre lui aujourd’hui n’est que financier. Sinon, pourquoi insister sur les opérations de maintien de la paix ? On le sait, ce sont ces missions qui paient bien. Et les militaires se battent pour y participer.
    Ce n’est pas tout, on parle aussi de la « Création d’un fonds de développement et de réinsertion socio-économique des populations civiles, notamment les jeunes touchés par les événements du 23 mai 2006 sans exclusion de tous les autres jeunes de la région de Kidal, sous le contrôle du conseil régional provisoire de coordination et de suivi. Le conseil sera en outre largement consulté sur le choix du gestionnaire de ce fonds »
    De bout en bout, ces accords d’Alger nous démontrent la vraie face de ceux à qui on a à faire, à savoir des individus intéressés simplement par l’argent, le gain facile. Et qui ont trouvé en l’Algérie un complice idéal et en le Mali un Etat faible, avec des autorités pas suffisamment inquiets de l’avenir du pays et des conséquences de leurs actes. Parce que finalement, tout ça a abouti à quoi ? Des personnes se sont enrichies, le pays a été divisé et elle peine encore à sortir de la crise. Malheureusement, on n’est pas loin de signer un document similaire. Un accord qui pourrait consacrer la division du Mali définitivement. Dieu nous en garde!

    Makan Koné

    Source: Nouvelle Libération

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