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Maouloud à Tombouctou : la foi et la fête

Il donne lieu à des recueillements, des louanges en l’honneur du Prophète (PSL), mais aussi à des réjouissances populaires

Maouloud à Tombouctou : LA FOI ET LA FÊTE

Le Maouloud est une fête qui commémore généralement la naissance du Prophète de l’Islam Mohamed (PSL) Au Mali, il est célébré par la majorité des musulmans. Mais plusieurs théologiens considèrent la célébration de cet anniversaire comme une innovation religieuse étrangère à l’Islam. Ils mettent en garde contre l’altération par l’humanité de l’islam tel qu’enseigné du vivant du Prophète (PSL) et pratiqué par les premiers musulmans. Cette année, il sera célébré respectivement le samedi 04 février pour la naissance et le vendredi 10 février pour le baptême. Cette commémoration donnera lieu à des recueillements, des louanges en l’honneur du Prophète (PSL), mais aussi à de nombreuses manifestations de réjouissance populaire partout au Mali. A Tombouctou, Cité des 333 Saints les festivités prennent des tournures particulières basées sur une tradition bien établie depuis les années 1500. Cette façon de célébrer la naissance du Prophète (PSL) à Tombouctou prend sa source dans l’histoire. En effet, dans son essai intitulé « Patrimoine culturelle de Tombouctou : enjeux et perspective », Ali Oul Sidi nous apprend que « Selon Essadi, l’auteur du Tarikh Essoudan, l’origine de cette fête serait attribuée au grand Cheick Aboul Qassim Attawati, mort vers 1519. Pendant qu’il était imam de la mosquée de Djingareyber, il institua une école spéciale pour l’apprentissage des poèmes panégyriques du livre intitulé Ibn Mouhib. Un véritable livre de philosophie, de philologie et de poésie jadis enseigné à l’université de Sankoré ».

 

Il poursuit qu’à Tombouctou, le Maouloud continue d’être fêté avec éclat. Plus d’un mois à l’avance les préparatifs ont commencé dans la capitale de la 6è région. C’était le 25 décembre 2011 dernier, premier jour du mois du Safar de l’hégire. Le mois suivant qu’est Rabi’Oul Awwal, mois du Maouloud, qui a commencé le 24 janvier. Partout où il se trouve, le Tombouctien se sent obligé de consacrer à cette tradition. Soit en effectuant le déplacement de Tombouctou, soit en accomplissant des rites là où il est, s’il n’a pas la possibilité du voyage. Le chérif Sidi Baba Haïdara , habitant à Bamako, explique que malgré la distance, il se rend chaque année pendant le mois de Safar à Tombouctou pour les préparatifs. Il y reste jusqu’à la fin des célébrations. Tout comme notre interlocuteur, de nombreux Tombouctiens tiennent à célébrer cette fête dans la ville des 333 Saints. Face aux nombreuses sollicitations, des compagnies de transport routier organisent des voyages spéciaux à cette époque de l’année. Certaines vont jusqu’à doubler leurs rotations hebdomadaires habituelles. Arrivant de partout, d’Angleterre, de France, d’Espagne, d’Italie, des Etat -Unis d’Amérique, des invités tiennent à fêter à Tombouctou. Les autochtones de la Cité sainte résidant à l’extérieur profitent de l’occasion pour rendre visite à leur famille et bénéficier de ces moments de grâce. La ville devient animée en ce moment à l’orée du grand jour. A Tombouctou ces célébrations démarrent en douceur dès le premier jour du mois de Safar. Les panégyristes investissent les mosquées de Djingareyber, Sankoré et Sidi Yéhia, d’autres mosquées et places publiques pour chanter les louanges du Prophète (PSL). Ces séances ont lieu trois fois dans la semaine. Mais dès que le mois de Rabi’Oul Awwal s’annonce les lectures s’accélèrent. Elles deviennent quotidiennes, pendant toutes les nuits jusqu’à l’avant veille de l’anniversaire de la naissance du Prophète Mahomet (PSL). Les fidèles bénéficient d’une nuit de répit afin de mieux aborder la grande soirée de veille de la date anniversaire de naissance.

Tours de la mosquée de Djingareyber. Le programme comprend des candides spéciaux prévus aussi pour la veille du baptême, mais ça ne dure pas toute la nuit comme pour la naissance. Le jour du baptême les louanges commencent dès 08 heures du matin et durent jusque dans l’après midi. La veille de la naissance et du baptême du Prophète Mohamed (PSL) des dîners sont organisés dans chaque famille de marabout, et des cheikhs. Ainsi le petit déjeuner, le déjeuner et le dîner sont prévus encore le jour du baptême. Le cheikh est chargé de diriger les panégyristes. La nuit de la veille de la naissance et celle du baptême, les populations font quelques tours de la mosquée de Djingareyber, se rendent dans les autres mosquées et sur des grands espaces publics pour écouter les louanges du Prophète (PSL). D’autres se rendent sur les tombes des Saints pour faire des bénédictions.

Et dans l’après-midi du jour du baptême, une grande séance est organisée à la mosquée de Sankoré pour le grand Fa Tiya de la clôture pour toute la ville. Depuis les années 1940, les Tombouctiens de Bamako fêtaient ensemble le Maouloud à Darsalam, chez Feu Hamed Bagnon Wangara, indique Sékou Moulay Haïdara, le président de l’association des ressortissants et sympathisants de Tombouctou. Après c’est la famille Batta Haïdara qui a pris la relève à Bamako-coura, puis à Quinzambougou depuis une trentaine d’années. Alfousseyni Batta Haïdara, est un vieux sage ressortissant de Tombouctou âgé de 90 ans, ancien inspecteur des finances. Il reçoit une foule nombreuse de fidèles de toutes origines dont des responsables religieux, politiques et administratifs de notre pays. Le Président ATT était présent à la clôture de l’édition de 2011. Au début un communiqué à la radio était nécessaire pour informer tout le monde. L’Association et tous les ressortissants des communes de Tombouctou et autres sympathisants contribuent à l’organisation de cette célébration bamakoise. La veille de la naissance, les louanges au prophète (PSL) commencent à partir de 22 heures et se terminent à l’aube.
Quant à la séance de la veille du baptême, elle s’arrête dans la nuit, afin de permettre aux fidèles de revenir le lendemain matin pour suivre le même rituel qu’à Tombouctou. Cette façon assez particulière de célébrer la fête du Maouloud a connu son paroxysme quand l’ancien Guide de la révolution Libyenne feu le Colonel KHADAFI a participé à sa célébration. Ce geste très médiatique, a permis à une bonne partie de la planète de découvrir les fastes et les nuances du Maouloud à Tombouctou. Cette célébration religieuse donne lieu à des manifestations de joie partout dans la ville des 333 Saints. Selon Mme Diop Fatouma Diallo commerçante de son état « c’est une très grande fête ». Le petit soir du baptême les habitants veulent tous être bien vus et ils mangent des plats spéciaux dans les familles. A l’approche de cette fête, ils prennent d’assaut, les ateliers de couture, les salons de beauté. Les marchés se remplissent de femmes à l’approche de cette fête. Tout le monde se fait beau : hommes, femmes jeunes. Mme Youma Baby ne tarit pas d’éloges sur la manifestation grandiose organisée, dans l’après-midi du baptême par la famille Tandina, qui assurait la chefferie du canton. A cette occasion, les Armas, famille des guerriers, descendants des conquérants marocains, enfourchent leurs chevaux pour effectuer des démonstrations au milieu de la scène. A un certain moment l’un des cavaliers contraint son coursier de race à trouer le tambour. Une fois cet objectif atteint, les cavaliers se retirent de la scène, poursuivis par la foule. Ils continuent les démonstrations de belles figures équestres jusqu’à la porte du chef Arma de la ville. Celui-ci donne à la famille détentrice du tambour une peau de vache pour réparer l’instrument endommagé et un sac de mil à distribuer aux membres de l’orchestre traditionnel. La cérémonie reprend un an après, jour pour jour suivant l’année lunaire.

 

Nanamoye TOURE – http://www.essor.ml/culture/article/maouloud-a-tombouctou-la-foi-et-la 30-01-2012

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