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Association TAMOUDRE,“Touareg, vie et survie”.
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TERRITOIRES ET ACTIONS

Retour au bercail, à Tadjodjamate, ma vallée d’origine

6ème partie: Arrivée dans ma vallée d’origine

Dans la continuité de mon voyage de retour aux sources, j’ai planifié de rendre visite, pour la première fois de ma vie, à ma localité d’origine, celle qui a vu naître mes ancêtres. Bien que je sois né à Kidal ville, la capitale régionale, c’est Tadjodjamate ( un coin perdu au fin fond du Mali) qui a vu naître mon paternel.

« Localité » signifie vallée chez les touaregs. Par ici, en général, il n’y a pas de villes ou villages proprement dits comme chez les autres populations sédentaires mais des sites qu’on occupe en fonction des saisons. Le plus souvent des vallées qui donnent sur des plaines et où il y a un point d’eau (puits ou une marre). C’est toujours vital d’avoir de l’eau à côté dans le Sahara, c’est un gage de vie et de survie.

L’image contient peut-être : une personne ou plus, ciel, nuage, plein air et nature

Cette visite était pour moi l’étape la plus excitante jusqu’ici, un véritable retour aux racines. Qui de mieux placé que mon père pour m’accompagner dans cette aventure?

Distante d’environ 70 kilomètres à l’est de Tessalit, nous prenons la route dans un après-midi midi ordinaire. Le paysage a commencé à se métamorphoser suite à quelques pluies. Le rude désert jaune commence à verdir, l’herbe pousse, les arbustes longtemps jaunis par la saison sèche ont pris un coup de jeunesse. Le vert domine désormais les vallées. Les animaux occupent les espaces, ensembles avec la nature, ils forment une merveilleuse mosaïque de couleurs et de vies. Comment est ce possible ? Une autre magie du Désert que je contemple et qui m’obnubile au point que le monde moderne semble ne plus me convenir à cet instant !

Quelques minutes plus tard, notre véhicule, un 4×4, s’embourbe dans une oued trempée. Bonjour les difficultés du Sahara. Malgré nos efforts, rien n’y est fait, le véhicule n’arrive plus à bouger. Il est pris par le sable mouillé et les roues patinent. On a eu de chance qu’après l’arrivée d’autres voitures qui venaient en sens contraire. Après les salamaleks d’usage, les occupants nous aident à sortir de cette peine. La solidarité, c’est cet autre principe important dans le désert, car un homme seul est un homme mort ! Sortis de cet embourbement, nous reprenons la route.

Petite escale chez un parent qui habite à mi-chemin. Même rituel, même accueil : une bête immolée, de la viande, du lait, du thé servis….. la belle hospitalité des nomades touaregs. Une bonne nuitée de plus dans le beau désert malien relevée par un sommeil des plus rares dans les grandes villes. Les nuits douces effacent totalement les chaudes journées sahariennes.

Pour la première fois de mon périple, j’entends parlé des nouveaux maîtres du Sahara: les groupes radicaux. Ils rôdent, ils sont tout près, ils sont loin, personne ne sait et ne veut savoir où ils sont, ni qui sont-ils, tout comme moi d’ailleurs.

Pour eviter tout quiproquo, un des habitants me conseille de fumer la cigarette en cachette. Et oui ! Ces maîtres interdisent tout ce qui ne convient pas à leur logique. Ils sont là, on ne les voit pas mais eux nous voient et c’est ce qui est plus inquiétant ! Cependant, ils se tiennent à carreaux et n’importunent nullement les paisibles citoyens sauf ceux qui par imprudence se mêlent de leurs affaires ou violent délibérément et publiquement ce qui est défendu.

Les barbus, comme on les appelle ici sont craints de tous. Ceux qui veulent leur faire allusion le font à voix basse, très basse comme si les grands étendus du Sahara avaient des oreilles.

Tôt le matin, le lendemain, après un petit-déjeuner à base de viande, de fromage séché, nous prenons la route de Tadjodjamate, le site d’origine de mon père. On roule vers le Nord Est, on n’est pas très loin de la frontière Algérienne qui est distante d’environ un trentaine de Kilomètres.

Nous arrivions sur le site vers 9 heures du matin. C’est un lieu chargé d’histoire pour moi, ma famille et bien d’autre. Tadjodjamate a abritée par le passé un poste de l’armée malienne depuis la première insurrection armée en1963, cette position a été abandonnée durant la rébellion des années 1990.

Près des ruines de l’ancien poste militaire trône fièrement un puit construit par mon Grand-père, qui est d’ailleurs mon homonyme, car je porte son prénom. Le temps de prendre quelques photos pour immortaliser à jamais ces instants magiques, j’essaie de voyager dans le temps pour revoir mon père dans sa jeunesse arpentant cet espace ou encore imaginer mes grands parents paternels que je n’ai pas eu l’occasion de voir malheureusement.

Je ressens une fierté immense d’avoir fait ce si long voyage et me rendre ici. C’est d’ailleurs ici mon heritage, celui de mes parents et celui de mes ancêtres. Une véritable plongée dans le pays des « Iradjanatenes », cette fraction touarègue à laquelle j’appartiens et qui m’appartient. C’ était tel un rite d’initiation, je me sens désormais plus que jamais attaché par un cordon ombilical à ce pays plus que jamais. Je me suis senti , un instant, investi d’une nouvelle mission que je ne saurais relater pour le moment !

On quitte Tadjodjamate avec le sentiment d’une mission accomplie, direction le Nord Est encore plus près de la frontière algérienne. On est à une petite dizaine de kilomètres de Timiyawene en Algérie et là se trouve la dernière position tenu par les groupes armés (CMA). On passe la journée sous les arbres dans les alentours, le temps de rencontrer des oncles venu du pays voisin. Et oui, dans cette région des familles entières se retrouvent coupées entre deux pays par des frontières imaginaires dessinées à la main par les colons français sur des bases qu’eux seuls connaissent !

https://www.facebook.com/mohamedagassory

1 commentaire pour Retour au bercail, à Tadjodjamate, ma vallée d’origine

  • ag-Tadamakat

    Je salue cet extrait du Livre de Mohamed ag-Assory intitulé »les récits d’un retour au bercail » dont je cite le passage suivant: »Pour la première fois de mon périple, j’entends parlé des nouveaux maîtres du Sahara: les groupes radicaux. Ils rôdent, ils sont tout près, ils sont loin, personne ne sait et ne veut savoir où ils sont, ni qui sont-ils, tout comme moi d’ailleurs. »; une déclaration du genre « naïveté-insouciance » qui me fait sourire en me retenant, difficilement, de ne pas moquer l’auteur qui dit être « autochtone » de la zone et ne sait pas (et ne voudrait pas) savoir qui sont les « nouveaux maîtres du Sahara »; en effet, le manque de curiosité de mon homonyme est blâmable par les temps qui courent en mettant en danger de mort le pays entier.

    En tout état de cause, je conseillerais à Mohamed ag-Assory de combler sa méconnaissance de la région naturelle et humaine, actuellement dénommée « Adagh-Timtéghène (Kidal-Tessalit) et, historiquement, « Tadamakat », en lisant l’excellent Livre de Rhousman ag-Assilakane (un sage « ag-Azamane » de Tessalit) intitulé « Retour des Propriétaires sur la Terre de Dieu », livre répertorié dans la rubrique « Réflexions » et publié, il y a deux ans, par Tamoudré.

    Tanemert

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