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TERRITOIRES ET ACTIONS

«La situation algérienne est inquiétante»

– Kader Abderrahim, chercheur à l’Iris, spécialiste du Maghreb et de l’islamisme

Kader Abderrahim, chercheur : «La situation algérienne est inquiétante»

Un pays de plus de 41 millions d’habitants dont la moitié a moins de 20 ans, en crise depuis qu’il a vu sa rente gazière et pétrolière divisée par deux en six ans et présidé par un homme très affaibli… Quel est pour vous le premier enjeu de cette visite ?

Il est de tenter de maintenir a minima des relations à flot avec une Algérie qui est désormais aussi le plus grand pays d’Afrique depuis la partition du Soudan et la deuxième puissance militaire de ce continent… ce qui est très compliqué aujourd’hui. L’Algérie est en effet tenue mais, malheureusement, elle n’est pas gouvernée, les affaires publiques y partant à vau-l’eau. Il n’y a pas actuellement d’anticipation ni de projets, et la situation est inquiétante pour tous les partenaires du pays, car il y a une grande inconnue sur la manière dont la succession d’Abdelaziz Bouteflika se déroulera en 2019, si elle se déroule. Mais l’Algérie compte pour la France et la France compte pour l’Algérie, maintenir le lien reste donc essentiel.

Qu’en est-il au plan économique ?

La France est désormais le deuxième partenaire de l’Algérie. La Chine est devenue le premier depuis cinq ans. La France s’est donc fait tailler des croupières dans son espace stratégique où les Chinois pèsent de tout leur poids. Cette relation sud-sud qui s’est construite depuis l’arrivée de Bouteflika aux affaires, lorsqu’il a voulu diversifier les partenariats pour sortir de ce tête à tête avec la France, n’a fait que se renforcer. Même si la France reste un acteur extrêmement important au Maghreb et en Méditerranée orientale, elle va devoir apprendre à partager avec d’autres et donc négocier.

Quel est l’état de l’opinion publique algérienne, actuellement ?

Pour les Algériens, l’urgence ce n’est pas la question coloniale, éternel prétexte pour justifier la faillite du pouvoir, c’est la question sociale et la hausse des prix dans un pays qui préfère l’inflation à l’emprunt extérieur mais qui accélère du coup la baisse de revenus qui ont déjà fondu comme neige au soleil. Désormais, les grands discours du pouvoir sont donc à peine écoutés, et chaque consultation électorale en témoigne avec une abstention toujours plus marquée. Et cela aussi est inquiétant. À un moment ou un autre, il y aura une rupture entre le peuple et ses dirigeants politiques. On ne sait pas quand. Mais on est certain que lorsque cela se produira, ce sera incontrôlable, car c’est l’histoire de l’Algérie : une suite de ruptures violentes.

Justement, quels sont les enjeux sécuritaires de cette visite ?

Pratiquement 1 000 km de frontière avec la Libye, autant avec le Niger, plus de 1 300 km avec le Mali et une situation diplomatiquement tendue avec le Maroc, du fait de la question du Sahara occidental… Il y a péril sur toutes les frontières de l’Algérie, et, quand on regarde froidement la situation, on mesure à quel point ce pays est aujourd’hui menacé, par lui-même, parce qu’il est extrêmement divisé, et par les groupes terroristes, le Sahara étant devenu une zone grise incontrôlable. Or, cette zone est aussi la profondeur stratégique de la France. Sur ce dossier, Paris est donc très concerné.

Quant à l’islamisme ?

Même s’il est très compliqué de le mesurer, il reste une réalité sociale vivace dont il vaudrait mieux qu’elle s’exprime clairement que de façon souterraine, nombre d’islamistes continuant à mener un travail de sape dans la société algérienne.

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